« Nos aînés, et en particulier ceux qui vivent dans les quartiers populaires, sont en danger. Il nous faut agir vite et ensemble. » Abdelaali el Badaoui, le fondateur de l’association Banlieues Santé, tire la sonnette d’alarme. Après avoir écumé nombre de quartiers ces derniers jours, son constat est sans appel : les inégalités sociales de santé sont exacerbées par la crise sanitaire du nouveau coronavirus et pourraient avoir des conséquences dramatiques sur les populations les plus précaires et marginalisées. Pour tenter d’y faire face, à son échelle, l’association présidée par Abdelaali a décidé de lancer deux initiatives d’utilité publique : une série de vidéos d’information en plusieurs langues et une application visant à « faciliter et coordonner l’aide alimentaire apportée aux démunis ». Explications.

Pourquoi il y a urgence ?

Parce que, dans les quartiers populaires, les risques et vulnérabilités sociales et sanitaires préexistent, de manière beaucoup plus marquée qu’ailleurs, à la crise épidémique du coronavirus. On y constate, par exemple, une surreprésentation des personnes présentant des pathologies chroniques telles que l’asthme, le diabète ou des maladies de longue durée. « Sur certains de ces territoires, l’écart d’espérance de vie entre ces habitants et le reste de la population atteint presque 9 ans » précise Abdelaali el Badaoui.

Autres facteurs aggravants : d’une part, la densité de population et les difficultés de confinement dans des surfaces souvent exiguës et, d’autre part, la poursuite d’une activité professionnelle pour une grande partie de ces habitants. Oui, car c’est dans ces quartiers que vivent la plupart des travailleurs non-confinés : les employés de ménage, les caissiers, les livreurs, les ouvriers, etc., ceux qui ont été envoyés au « front », dans des conditions souvent difficiles et pas toujours sûres.

S’ajoute à cela, une « offre de soins déjà en tension en temps normal ». Comme les zones rurales, les quartiers populaires manquent de médecins et de soins de proximité. Sur les 40 villes que comptent la Seine-Saint-Denis, par exemple, 37 ont été déclarées déserts médicaux par l’Agence Régionale de Santé. 37 sur 40. Et ces carences risquent de s’aggraver avec la saturation actuelle que connaît le système de soins, notamment les hôpitaux publics.

Enfin, « la précarité, l’isolement, la barrière de la langue, les difficultés à s’approprier les messages de santé publique exposent de manière dramatique les parents et personnes âgées de nos quartiers populaires » explique Abdelaali. Si c’est sur cet enjeu spécifique que l’association Banlieues Santé a choisi de travailler, ses bénévoles appellent à une mobilisation et à la mise en place de dispositifs nationaux pour limiter les effets des inégalités de soins.

Que propose l’association Banlieues Santé ?

Enmodeconfine.org, c’est le nom de la plateforme que la structure vient de lancer. L’objectif ? Aider celles et ceux qui, notamment dans les quartiers populaires, ont le plus de difficultés à accéder au système de santé et à maintenir le lien social en cette période de confinement. Deux actions sont proposées :

  1. Des vidéos de prévention traduites en différentes langues (arabe littéraire, arabe dialectal, soninké, peul, roumain, portugais, créole réunionnais). « Il fallait que le message de santé publique soit accessible et intelligible pour le plus grand nombre » explique un bénévole de l’association.  « Avec des professionnels de santé, nous avons donc fait traduire en plusieurs langues, dont la langue des signes, les informations essentielles. Nous invitons toutes les associations en lien avec des usagers étrangers et/ou sourds et muets à les utiliser et les diffuser le plus largement possible. »
  2. Une application pour faciliter et coordonner l’aide alimentaire apportée aux populations vulnérables. Sur le terrain, l’association a constaté qu’un certain nombre de personnes, en particulier les plus âgées et les plus précaires, manquaient de denrées de première nécessité. Elle a donc conceptualisé et lancé une application dans le but de gérer la coordination de récupération, préparation et livraison de colis et repas pour les publics précités. « Le confinement n’est possible que si les plus fragiles sont autonomes et disposent de ces denrées » affirme Abdelaali. « Le lien social doit également être maintenu. » L’application permettra, en outre, d’accéder à des téléconsultations de médecins généralistes.

Comment soutenir ces initiatives ?

Il y a trois pistes d’action :

– Que ces messages soient largement relayés ! N’hésitez pas à partager cet article et l’application autour de vous. Si vous êtes un professionnel de santé, n’hésitez pas à vous porter bénévole.

– Que les associations qui travaillent auprès de populations précaires, marginalisées ou âgées, ou de manière plus générale dans les quartiers populaires, s’emparent de l’application et du protocole mis en place par Banlieues Santé. « Nous souhaitons éprouver notre modèle très rapidement et conjointement (avec les autres acteurs de la solidarité et les institutions en charge de ces volets), déterminer un modus operandi commun. Il est aujourd’hui plus que nécessaire de permettre à ceux qui peuvent s’engager de le faire dans les meilleures conditions de sécurité, sanitaires et de coordination. » précise le fondateur de l’association.

– Que ceux qui le souhaitent, et qui le peuvent, participent à la cagnotte en ligne pour soutenir ce formidable travail de terrain.