« Iqra », c’est ainsi que débute le premier verset coranique révélé. Une injonction qui démontre l’importance de la lecture et de l’apprentissage en Islam. Thomas Sibille l’a bien compris. Véritable passionné par les livres, il tient sa propre librairie, Al Bayyinah, dans laquelle il propose des ouvrages aussi bien spirituels que politiquement engagés. Il a accepté de répondre à notre interview où il nous raconte l’impact du confinement sur le marché du livre.

 

Pouvez-vous présenter votre librairie ? Depuis combien de temps existe-t-elle ? 

Notre librairie Al Bayyinah existe depuis 2009. Ce qui caractérise le plus notre librairie est que nous lisons les livres que nous vendons, nous sommes attentifs aux attentes des lecteurs et aux tendances du marché ce qui nous permet de proposer un grand choix de livres, bien sélectionnés pour que le lecteur puisse se former idéologiquement, religieusement et culturellement sans tomber dans le sectarisme.

« Sans tomber dans le sectarisme » ? C’est-à-dire ?

Sans tomber dans le sectarisme, dans le sens en se « fanatisant » pour son ou ses avis, ou son groupe religieux au point de juger égaré celui avec qui on diverge.

Justement, on a vu sur votre page instagram que vous conseillez aussi bien des livres religieux que politiques comme la biographie de Malcolm X par Manning Marable ou l’Islam Imaginaire de Thomas Deltombe. C’est important pour vous de proposer ce genre de contenus ? 

Oui, extrêmement important car le lecteur ne peut se contenter de lectures strictement religieuses. Cela risquerait de le couper de la réalité qui l’entoure et des défis à relever. Il est important de connaître son histoire, les figures emblématiques qui l’ont marquée, tout comme il est important de connaître sa religion et ses principes. Il faut connaître le monde dans lequel nous vivons…sinon, on prend le risque d’être endormi, ignorant, acculturé, extrémiste, laxiste, coupé de la société, etc. Malek Bennabi disait « les peuples qui dorment n’ont pas d’Histoire mais des cauchemars ou des rêves… »

D’après une étude de l’institut GfK publiée le mardi 19 mai, les ventes de livres ont diminué de 60 % durant la période de confinement. Est-ce une baisse que vous avez vous-même constatée ?

Non, au contraire les ventes de livres ont explosé dans le domaine islamique. A titre d’exemple, on avait une moyenne de 15-20 commandes par jour puis nous sommes passés à 50 voire 100 commandes en une journée.

Comment expliquez-vous ce succès?  

Avec le confinement les gens ont cherché à occuper leur temps d’une manière intelligente et cela a permis à beaucoup d’entre eux de se réconcilier avec la lecture ou de prendre le temps de lire, ce qui n’est pas évident en temps normal avec les études, le travail, les obligations familiales… Un autre facteur peut expliquer ce retour à la lecture de livres religieux, je pense, c’est la remise en question qu’a entraînée le COVID-19. Il a obligé certaines personnes à  se poser des question sur leurs vies, leurs choix, la pratique religieuse, la vie après la mort, etc.

Quels sont les types de livres qui se sont le plus vendus ? Comment l’expliquez-vous ?

Au début du confinement, on vendait toutes sortes de thèmes, allant de l’histoire à la spiritualité, du dogme à la jurisprudence…puis, au bout de quelques jours de confinement, le choix des lecteurs s’est porté sur les livres traitant de l’éducation des enfants et sur les cahiers d’activités pour occuper les enfants. Le confinement devenant long, les parents cherchaient en effet à occuper leurs enfants. Être 24h/24h avec ses enfants dans une même maison n’étant pas évident, les parents avaient aussi besoin de conseils et d’orientation pour l’éducation. Ensuite, à la fin du confinement nous avons commencé à avoir beaucoup de commandes de livres sur le divorce, sur le nouveau départ dans le couple, etc. Je laisserai le soin à un sociologue ou aux lecteurs d’en tirer des conclusions.

Si vous deviez conseiller 3 livres à nos lecteurs, quels seraient-ils ?  

La biographie de l’imam Ibn Badis, aux éditions Al Bayyinah, pour l’exemple inspirant qu’il peut procurer aux musulmans vivant en France.

Initiation au Coran de Mohamed AbdAllah Draz, aux éditions Ennour, pour les lumières qu’il apporte sur les  questions liées auCoran et à la prophétie de Muhammad ﷺ soulevées par de nombreuses personnes et auxquelles le musulman se doit de savoir répondre.

L’intimité avec Allah, aux éditions Al Bayyinah, pour le besoin essentiel que l’on a tous de se rapprocher de Dieu.

Et j’en rajouterai un 4e, La vocation de l’Islam, de Malek Bennabi afin que l’islam de l’individu soit vivant et opérant.