C’est avec effroi et consternation que La Plateforme L.e.s Musulmans a pris connaissance de l’incendie, sans doute criminel, perpétré dans la nuit du jeudi 6 août au vendredi 7 août dans la mosquée Omar, à Bron.

L’incendie a été maîtrisé par les sapeurs-pompiers qui sont intervenus durant deux heures. Fort heureusement, aucune victime n’est à déplorer mais les dégâts sont considérables : 100m2 de rez-de-chaussée ont été totalement dévastés par le feu.
Le Parquet de Lyon a confirmé vendredi que l’hypothèse criminelle était privilégiée « compte tenu de deux départs de feu constatés à deux endroits différents du local ». Une enquête a été ouverte pour « dégradations volontaires par incendie ».

La plateforme L.e.s Musulmans condamne avec la plus grande fermeté cet acte. Nous sommes solidaires de l’ensemble des fidèles et des responsables du lieu de culte dans cette épreuve et nous nous tenons à leur disposition pour toute aide nécessaire. Nous espérons que tout sera mis en œuvre pour retrouver les responsables. Au-delà de leurs individualités, il nous faut rappeler que cet acte s’inscrit dans un contexte tendu de recrudescence des discriminations et agressions racistes, notamment islamophobes. La région lyonnaise, du fait de la présence active de plusieurs milices d’extrême-droite, est particulièrement concernée.

Les mots et l’eau ne suffiront pas, à éteindre ces feux. Nous réitérons nos craintes face la multiplication de ces actes qui visent la communauté musulmane; il est urgent que le Gouvernement lutte fermement contre les discours et pratiques politiques qui soufflent sur les braises de l’islamophobie et désignent, constamment, les musulmans comme cibles.

L’Aïd El-Kebir débutera vendredi 31 juillet dans un contexte de crise sanitaire. Malgré la fin du confinement en France, de nombreux dispositifs de sécurité perdurent. La fête du sacrifice devra donc se dérouler dans un respect strict des gestes barrières. De l’abattage rituel aux retrouvailles familiales, voici quelques indications pour passer une bonne fête en toute sécurité.

Abattage

L’Aïd el-Adha est la fête du sacrifice ; traditionnellement, elle commémore la soumission du Prophète Ibrahim (Abraham) à Allah (swt). Après un rêve dans lequel il s’est vu égorger son fils,  Ibrahim, qui comprit que c’était une épreuve divine, s’était préparé à sacrifier son fils unique Ismaïl. Mais, par le biais de l’ange Djibril (Gabriel), Allah (swt) remplaça l’enfant par un bélier. Depuis, chaque année, les musulmans effectuent ce rituel religieux. Il s’agit d’une recommandation, voire une obligation pour certaines écoles. 

De manière générale, l’abattage est contrôlé de manière très stricte sur tout le territoire. La crise sanitaire que nous traversons renforce ces réglementations. Dans toute la France, les préfectures listent les abattoirs autorisés en rappelant que les sacrifices doivent « se dérouler dans le respect des réglementations sanitaires, environnementales, relatives au bien-être animal et commerciales ». En Ile-de-France, cinq abattoirs officiels – situés sur les communes de Jossigny (77), Meaux (77),  Ezanville (95), Montereau (77) et La Courneuve (93) – ont été réquisitionnés. Si les trois premiers sont des boucheries déjà existantes, les deux dernières ont été exceptionnellement agréés « afin de renforcer la capacité d’abattage » pour l’Aïd. Dans le Rhône, des abattoirs ont été agréés dans 6 villes. Il s’agit de Cibévial à Corbas, Secat à Saint-Romain-de-Popey, Monsieur Rabut à Saint-Jean-la-Bussière, Delorme, Bonnefoux, Gaec Buffin, Beaudoin à Givors, La ferme vaudaise à Vaulx-en-Velin et Vola Nord à Villefranche.

À noter qu’il est possible d’effectuer le sacrifice auprès de certains bouchers. Il est également possible de se rapprocher des associations cultuelles musulmanes pour la commande d’un animal ou même de contacter un abattoir pérenne ou temporaire autorisé effectuant l’abattage rituel le jour de l’aïd.

Présence durant les sacrifices et procuration 

En temps normal, et traditionnellement, les familles viennent assister au sacrifice. Mais cette année, les déplacements dans les abattoirs seront limités à une ou deux personnes maximum. Pour ceux qui ne veulent pas effectuer eux-mêmes le sacrifice, il est possible de donner procuration à une personne ou une association. Beaucoup de savants estiment qu’un musulman a l’autorisation de donner procuration pour qu’un sacrifice soit fait à sa place, conformément à la tradition prophétique. Un hadith rapporté par Jabir (RA) précise que le Prophète ﷺ a sacrifié 63 bêtes (à la place de personnes du Yémen) et a demandé à Ali (RA) de finir le reste (rapporté par Muslim). Anas Ibn Malîk rapporte aussi qu’il a vu le Prophète ﷺ faire 7 sacrifices (rapporté par Boukhari). 

Prières et convivialité, oui…mais en sécurité

Comme chaque année, la prière de l’aïd aura lieu le matin, entre 8h et 9h en fonction des mosquées. La plupart d’entre elles continuant d’appliquer strictement les mesures de sécurité, les places risquent d’être encore plus limitées que d’habitude. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a rappelé dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, que la prière de l’Aïd-el-Adha et celle du vendredi « ne doivent pas réunir plus de 5 000 personnes, même lorsque celles-ci sont organisées dans des espaces non fermés, de type plein air ».

Afin de limiter une résurgence de l’épidémie, le port du masque reste obligatoire ainsi que la distanciation physique d’au moins un mètre. Il est recommandé d’apporter votre propre tapis de prière et d’effectuer vos ablutions à votre domicile car, dans la majorité des mosquées, les salles d’ablution restent fermées. Certaines mosquées interdisent exceptionnellement la venue des enfants, renseignez-vous auprès de celle de votre ville. Malheureusement, cette année, il est conseillé d’éviter les embrassades et de privilégier les salutations sans contact physique. Oui, on sait, ça rompt avec l’esprit de convivialité, de chaleur et de partage associé aux fêtes religieuses. Mais l’enjeu est de taille : les personnes âgées sont toujours aussi vulnérables face à l’épidémie, il nous faut redoubler de vigilance pour les protéger. Ainsi, pensez à bien respecter les gestes barrières et à vous laver régulièrement les mains. 

Même comme ça, il sera possible de profiter pleinement de cette journée avec vos proches !. 

.

Courage et générosité, deux adjectifs pour qualifier Yacine, cet acteur associatif engagé de 32 ans. Entrepreneur dans le domaine de l’agroalimentaire et l’emballage, il est président de l’association « Un Nouveau Visage » depuis maintenant 12 ans. Une association qui a pour but d’améliorer le quotidien des enfants dans le monde, travaillant actuellement dans les camps de réfugiés de Palestine.  Dans cet entretien, il revient sur les raisons qui l’ont poussée à s’investir dans le monde humanitaire.

 

1/ Comment et pourquoi tu en es venu à cet engagement associatif ? Pourquoi c’est important pour toi de t’investir autant ?

 En 2008, on m’avait donné l’opportunité de participer à un projet humanitaire en Palestine occupée, afin de financer un centre aéré pour les enfants des camps de réfugiés. J’ai accepté pour le caractère solidaire de cette mission mais aussi pour enfin voir de mes yeux la situation des Palestiniens, que l’on défendait depuis notre adolescence, sans réellement maîtriser le sujet. Suite à ce voyage, j’ai eu l’intime conviction de pouvoir aider sur le long terme ces enfants, ces familles qui se trouvent dans une situation intolérable. Face à la réalité du terrain, je ne pouvais plus être un acteur passif, et j’ai donc décidé de créer l’association « Un Nouveau Visage ». Je pense foncièrement, que chacun d’entre nous peut apporter de l’espoir, même ponctuellement, aux personnes les plus fragiles. Fermer les yeux face aux injustices c’est dans un certain sens accepter cette idée que nos vies n’ont pas toute la même valeur. Et pour moi, c’est inconcevable. Au-delà des missions et des programmes humanitaires, s’investir c’est aussi permettre de rassembler et cela sans frontières, des milliers de personnes autour des valeurs de justice et de solidarité. Et qui par la suite, transmettront à leur tour ces valeurs.

 

2/ Peux-tu nous parler de l’association « Un nouveau visage » ? Que faites-vous concrètement ?

L’association Un Nouveau Visage est née en 2008 et est devenue officielle en 2014. Notre association a pour vocation d’intervenir pour améliorer le quotidien des enfants et cela partout dans le monde. Nous travaillons et intervenons dans les camps de réfugiés de Palestine et plus principalement dans le camp de Balata, qui est le camp le plus peuplé avec plus de 30 000 réfugiés sur seulement 0,25 km2. Nos programmes de solidarité se concentrent sur l’éducation, la santé et les loisirs. Nous estimons que ces aspects sont les plus importants afin d’accompagner et de faciliter l’épanouissement physique et psychologique des enfants vivant l’occupation et la guerre. Le projet « Un nouveau visage pour Habiba et Leyane » représente fondamentalement le fonctionnement de notre association. La vie de ces deux jeunes palestiniennes a basculé, lorsque leur maison a brûlée suite aux coupures intempestives, quotidiennes et à la vétusté des installations électriques dans les camps de réfugiés. Brûlées de la tête aux pieds, nous nous sommes organisés afin de pouvoir financer leurs opérations ici en France. Mais au-delà des interventions chirurgicales, nous devions aussi tenir compte des traumatismes psychologiques face à la perte de leur sœur, Adyane 10 ans, dans ce même incendie.

Nous intervenons aussi dans l’accompagnement éducatif, en finançant des kits, des uniformes pour la rentrée scolaire des enfants des camps de réfugiés. Nous finançons du matériel spécialisé pour les enfants atteint de maladie ou d’un handicap afin de faciliter son apprentissage, son autonomie et améliorer son bien-être. L’association « Un Nouveau Visage » intervient également via des programmes de distribution alimentaire pour les familles les plus démunies, permettant d’apporter dignité et amélioration des conditions de vie. 

De nouveaux projets sont constamment en gestation et nous aspirons à transporter nos programmes dans d’autres pays, notamment le Maroc. Il est important de souligner que notre idée de l’humanitaire réside dans le fait d’apporter des projets innovateurs, essentiels et pertinents mais surtout permettant l’autonomie et l’auto financement à moyen et long terme.Nos actions ont vocation à intervenir de bout en bout, en essayant de prendre en compte les paramètres essentiels qui concourent  à la protection et au développement de l’enfant. 

 

3/ Tu peux nous en dire plus sur la création d’une étude que tu fais en lien avec une ONG INTERNATIONALE rattachée à l’ONU ?

Avec le temps et l’expérience accumulée au fil des années et de nos interventions sur le terrain, j’ai souhaité pouvoir me rendre utile et cela au-delà des actions humaines. Je pense que la solidarité internationale réside certainement aussi dans une perspective intellectuelle.

Aujourd’hui, la diffusion d’informations incomplètes et erronées est monnaie courante. Mais il est primordial de rappeler qu’il est de notre responsabilité de veiller à avoir des données fiables qui permettront de continuer à légitimer la cause

Actuellement, nous travaillons à la création d’une étude sur la question de l’éducation et de son accès pour les enfants des camps de réfugiés dans son aspect inclusif. 

Cette étude permettra de montrer au monde la situation alarmante tant dans le domaine humanitaire que médical et scolaire dans les camps de réfugiés dans le monde. Elle permettra aussi de faire face à la réalité du terrain et ainsi répondre à un déficit criant d’ informations essentielles quant à la condition des réfugiés.

Cette étude permettra de faire émerger un programme, qui aura pour vocation à être applicable sur l’ensemble des camps de réfugiés du monde et cela en englobant la totalité de l’environnement de l’enfant. 

Je pense sincèrement que l’information, fidèle et fiable, est le fondement pour mener à bien un combat juste et indispensable. Que la résistance passe par l’entraide mais aussi par le partage d’une réalité loin de toutes les distorsions politique et idéologique.

 

4/ Quelles sont les prochaines étapes pour vous ? Et comment vous aider ?

 

 La prochaine étape c’est de pouvoir passer d’association à ONG. Ce statut d’ONG permettra de gagner en légitimité sur la scène internationale. En effet, nous cherchons aussi à travers nos actions, à sensibiliser la population afin de nous accompagner sur le long terme. La convergence des forces est une des clés pour atteindre nos objectifs. Pour ce faire, nous invitons nos soutiens à adhérer à notre association.  

Partager c’est donner ! Qu’importe la manière, votre soutien permet de créer et de soutenir énormément de projets pour les enfants et les familles les plus fragiles. Alors soutenez-nous, partagez nos projets et donnez si vous le pouvez.

 

 

Après plusieurs mois de confinement, à se retrouver limités dans ses déplacements, vous êtes nombreux à ne rêver que de voyage. Les plans de l’été, souvent organisé à l’avance, se sont vu bousculés à cause de la crise sanitaire lié au coronavirus. Les frontières fermés ou encore vols annulés, on s’est demandé où les Musulmans vivant en France allaient partir en vacances ?

 

Rester enfermé chez soi pendant des mois n’a fait qu’accroître l’envie de s’évader. Les habitudes de beaucoup de musulmans ont été particulièrement impactées puisque de nombreuses destinations, notamment des pays d’origines, n’ont toujours pas rouvert leurs frontières. C’est le cas pour le Maroc, qui a annoncé la réouverture de ses frontières aériennes et maritimes depuis le 14 juillet, mais uniquement pour les citoyens et résidents étrangers souhaitant revenir dans le pays ou le quitter. « Chaque été, je pars au Maroc avec ma famille. Cette année, je suis triste de ne pas y aller car j’avais pris l’habitude de les amener aux sources sur la terre de mes ancêtres. » nous confie Khalid. Ce père de famille a donc dû s’adapter aux restrictions et a décidé de rester en France « nous irons dans le sud de la France, nous retrouver en famille ».

Vacance en France

Face à l’impossibilité de voyager, certains ont décidé de rester dans l’Hexagone. C’est le cas d’Olfa, maman de deux enfants, elle avait prévu avec son époux de se rendre en Tunisie. La crise du Covid-19 a eu beaucoup d’incidences sur sa famille « il y a eu moins de travail pour mon mari qui est artisan ». Le voyage annulé n’a pas empêché Olfa de profiter de l’été en toute simplicité et en famille « j’ai décidé de sortir avec mes enfants, chaque jour dans un nouveau parc, certes c’est limité comme sortie mais mes enfants ont 1 et 2 ans, pas moyen de faire grand-chose, on va par exemple jeudi, dans une ferme pédagogique et dimanche avec le papa, on ira dans une fête foraine ».

Pour Nounaydam, c’est un séjour à Bali qui est tombé à l’eau. Du coup ça sera direction La Baule au mois d’août, chez de la famille dans « une maison située à 500 mètres de la mer ». Bien que la France reste l’endroit privilégié pour les vacances, les règles sanitaires continuent de s’appliquer. Du Nord à la Côte d’Azur, en passant par le Pays basque, les mesures de sécurité sanitaire et règles de distanciation sociales sont toujours en place sur les plages françaises. Ce séjour en France, cette maman de 3 enfants le redoute à cause de l’islamophobie ambiant « étant voilée j’appréhende tout de même ces vacances en France […] c’est dommage car la France regorge de superbes coins et recoins mais certains Français sont insupportables et il suffit d’une minorité pour gâcher les vacances ». C’est d’ailleurs pour cela que certains ont décidé de voyager en dehors de France et notamment dans des pays de l’Union européenne, où les restrictions aux frontières sont moins contraignantes que dans les pays extra-européen.

Vacance en Europe ou reporté

La Commission européenne a lancé l’application Re-open EU (lien), afin de fournir aux utilisateurs des renseignements en temps réel sur les frontières, les moyens de transport et les modalités de circulation. Les services touristiques disponibles ainsi que les mesures de santé publique et de sécurité (mises en quarantaine, port du masque obligatoire dans le lieux publics) sont également répertoriés.

Enfin, il y a ceux qui ont tout simplement décidé de reporter leur voyage. Soit pour des raisons financières, soit par inquiétudes du fait de la situation sanitaire actuelle. « On a acheté les billets pour la Turquie un an à l’avance », nous raconte Mustapha, « avec la crise sanitaire financièrement ça n’allait plus trop, du coup ont les a mis en suspens. On pense y aller en octobre in sha Allah ».

Peu importe la destination, il est important de penser aux indispensables dans vos valises. En effet, le contexte sanitaire oblige à étoffer le nécessaire de voyage. Pensez à vous munir de flacons de gel hydroalcoolique, de thermomètres et de masques qui couvrent le nez et la bouche. En France comme à l’étranger, pensez toujours à garder les bons réflexes des gestes barrières et à respecter une distance d’un mètre entre chaque personne.

 

« Iqra », c’est ainsi que débute le premier verset coranique révélé. Une injonction qui démontre l’importance de la lecture et de l’apprentissage en Islam. Thomas Sibille l’a bien compris. Véritable passionné par les livres, il tient sa propre librairie, Al Bayyinah, dans laquelle il propose des ouvrages aussi bien spirituels que politiquement engagés. Il a accepté de répondre à notre interview où il nous raconte l’impact du confinement sur le marché du livre.

 

Pouvez-vous présenter votre librairie ? Depuis combien de temps existe-t-elle ? 

Notre librairie Al Bayyinah existe depuis 2009. Ce qui caractérise le plus notre librairie est que nous lisons les livres que nous vendons, nous sommes attentifs aux attentes des lecteurs et aux tendances du marché ce qui nous permet de proposer un grand choix de livres, bien sélectionnés pour que le lecteur puisse se former idéologiquement, religieusement et culturellement sans tomber dans le sectarisme.

« Sans tomber dans le sectarisme » ? C’est-à-dire ?

Sans tomber dans le sectarisme, dans le sens en se « fanatisant » pour son ou ses avis, ou son groupe religieux au point de juger égaré celui avec qui on diverge.

Justement, on a vu sur votre page instagram que vous conseillez aussi bien des livres religieux que politiques comme la biographie de Malcolm X par Manning Marable ou l’Islam Imaginaire de Thomas Deltombe. C’est important pour vous de proposer ce genre de contenus ? 

Oui, extrêmement important car le lecteur ne peut se contenter de lectures strictement religieuses. Cela risquerait de le couper de la réalité qui l’entoure et des défis à relever. Il est important de connaître son histoire, les figures emblématiques qui l’ont marquée, tout comme il est important de connaître sa religion et ses principes. Il faut connaître le monde dans lequel nous vivons…sinon, on prend le risque d’être endormi, ignorant, acculturé, extrémiste, laxiste, coupé de la société, etc. Malek Bennabi disait « les peuples qui dorment n’ont pas d’Histoire mais des cauchemars ou des rêves… »

D’après une étude de l’institut GfK publiée le mardi 19 mai, les ventes de livres ont diminué de 60 % durant la période de confinement. Est-ce une baisse que vous avez vous-même constatée ?

Non, au contraire les ventes de livres ont explosé dans le domaine islamique. A titre d’exemple, on avait une moyenne de 15-20 commandes par jour puis nous sommes passés à 50 voire 100 commandes en une journée.

Comment expliquez-vous ce succès?  

Avec le confinement les gens ont cherché à occuper leur temps d’une manière intelligente et cela a permis à beaucoup d’entre eux de se réconcilier avec la lecture ou de prendre le temps de lire, ce qui n’est pas évident en temps normal avec les études, le travail, les obligations familiales… Un autre facteur peut expliquer ce retour à la lecture de livres religieux, je pense, c’est la remise en question qu’a entraînée le COVID-19. Il a obligé certaines personnes à  se poser des question sur leurs vies, leurs choix, la pratique religieuse, la vie après la mort, etc.

Quels sont les types de livres qui se sont le plus vendus ? Comment l’expliquez-vous ?

Au début du confinement, on vendait toutes sortes de thèmes, allant de l’histoire à la spiritualité, du dogme à la jurisprudence…puis, au bout de quelques jours de confinement, le choix des lecteurs s’est porté sur les livres traitant de l’éducation des enfants et sur les cahiers d’activités pour occuper les enfants. Le confinement devenant long, les parents cherchaient en effet à occuper leurs enfants. Être 24h/24h avec ses enfants dans une même maison n’étant pas évident, les parents avaient aussi besoin de conseils et d’orientation pour l’éducation. Ensuite, à la fin du confinement nous avons commencé à avoir beaucoup de commandes de livres sur le divorce, sur le nouveau départ dans le couple, etc. Je laisserai le soin à un sociologue ou aux lecteurs d’en tirer des conclusions.

Si vous deviez conseiller 3 livres à nos lecteurs, quels seraient-ils ?  

La biographie de l’imam Ibn Badis, aux éditions Al Bayyinah, pour l’exemple inspirant qu’il peut procurer aux musulmans vivant en France.

Initiation au Coran de Mohamed AbdAllah Draz, aux éditions Ennour, pour les lumières qu’il apporte sur les  questions liées auCoran et à la prophétie de Muhammad ﷺ soulevées par de nombreuses personnes et auxquelles le musulman se doit de savoir répondre.

L’intimité avec Allah, aux éditions Al Bayyinah, pour le besoin essentiel que l’on a tous de se rapprocher de Dieu.

Et j’en rajouterai un 4e, La vocation de l’Islam, de Malek Bennabi afin que l’islam de l’individu soit vivant et opérant.

Abdelhakim Richi est imam à la mosquée de Savigny-le-Temple et conférencier. Si son nom ne vous est pas inconnu c’est sûrement que vous l’avez croisé lors de l’une des nombreuses conférences qu’il donne, en ligne ou en présentiel, ou que vous l’avez découvert sur nos pages le mois dernier. Durant le mois de ramadan, l’imam Richi nous a, en effet, honorés d’une sublime chronique quotidienne intitulée « Voyage avec le Coran » (vous pouvez retrouver les épisodes sur notre page youtube ou sur instagram). Depuis plusieurs années, Abdelhakim Richi exerce également en tant qu’aumônier dans les prisons du sud Parisien. C’est à ce titre que nous l’avons rencontré pour cet entretien exclusif.

1/ Comment et pourquoi avez-vous rejoint l’aumônerie musulmane des prisons ?

Pour ma part, je ne m’y attendais pas ! C’était un concours de circonstance. Un jour, des aumôniers que je connais m’ont dit que j’avais le profil pour exercer cette mission et que ça pourrait m’intéresser. Ils m’ont dit « tiens, on t’a entendu faire les sermons du vendredi, ça serait bien que tu nous rejoignes dans une équipe d’aumônerie ». J’y avais participé une seule fois avec eux. Je me suis dit pourquoi pas. Pour y accéder, il faut faire une formation que l’on peut passer dans différents endroits : le CFCM, l’institut Al Ghazali de la mosquée de Paris ou l’IESH de Paris. Ensuite, il y a une sélection qui est faite sous l’égide du CFCM. Enfin, j’ai fait la demande à l’aumônier national musulman des prisons de France qui est Moulay El-Hassan El-Alaoui et ça a été accepté.

2/ En quoi consiste la fonction d’aumônier exactement ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur votre travail au quotidien ?

Ma fonction consiste à accompagner les détenus, à apporter des réponses religieuses et surtout ne pas les juger… ce n’est pas notre rôle de juger. Nous, on est là dans un rôle d’accompagnement et de soutien spirituel et religieux. Donc au quotidien, on a deux grandes missions. D’abord, la mission du vendredi. Il s’agit de mettre en place le sermon du vendredi. Ça se passe sous forme de roulement avec les autres représentants religieux. Par exemple, dans notre prison nous avons une salle qu’on appelle « lieu des cultes » et, comme son nom l’indique, tous les cultes peuvent utiliser cette salle. Cela nous oblige à faire un roulement, avec une semaine A, une semaine B, etc., car il n’y a pas suffisamment d’espace. Pour des raisons de sécurité et de facilité de gestion également, le lieu ne pouvant accueillir que 30 détenus maximum. 

La deuxième mission est de mettre en place les visites, entre nous et les détenus. On reçoit les demandes des détenus dans une bannière réservée aux aumôniers musulmans. On relève régulièrement le courrier, on regarde qui nous a envoyé le message, ce qu’il demande en particulier, etc. Ça peut être des tapis de prière, des horaires de prières, des questions sur un sujet comme apprendre à faire la prière. On répond évidemment à toutes ces demandes.

On essaie de ne pas faire du « social », dans le sens où parfois on nous demande d’être des intermédiaires, d’écrire des courriers, de leur trouver des emplois à l’extérieur pour faciliter leur dossier de sortie temporaire, d’appeler leur famille, etc. Malheureusement, si on le faisait, on serait rapidement submergé et ce n’est pas notre rôle. On ne sert jamais d’intermédiaire, entre les détenus et une instance quelle qu’elle soit. On essaie de rester sur notre rôle premier : celui de servir les détenus sur le volet religieux et de ne pas aller sur d’autres prérogatives qui ne sont pas les nôtres. Pour l’administration, en tout cas sur le papier, nous sommes des personnes qui sommes là pour apaiser et aider. Après il arrive que des membres de l’administration nous perçoivent nous-mêmes un peu comme des détenus. Malheureusement, dans la pratique c’est comme ça que ça se passe. Je ne généraliserai pas, parce que ça se passe globalement bien…mais disons qu’avec certaines personnes, il faut mettre quelques distances pour éviter les soucis.

3/ Comment se noue la relation avec les détenus ? 

Progressivement. Déjà, nous on ne pose jamais de questions sur comment la personne s’est retrouvée en détention, on ne la juge pas. Généralement, quand on respecte bien cela, quand on ne juge pas, les détenus nous font plus facilement confiance. Dès qu’ils voient qu’on leur accorde une certaine confiance, ils commencent à se libérer aussi et, à partir de là, on peut travailler sereinement. C’est simple : s’ils ne nous font pas confiance, il est très difficile pour nous d’avoir une marge de manœuvre pour pouvoir discuter avec eux et leur apprendre des choses sur la religion.

Il y a aussi des mesures de sécurité que nous devons respecter. Par exemple, lorsque nous rencontrons un détenu pour la première fois, on n’y va pas seul, on y va à deux ou à trois. Quand c’est un détenu que nous connaissons de longue date, là on peut se permettre d’y aller seul. Mais il faut savoir qu’avec la crise sanitaire et les règles de distanciation sociale, les visites en cellule n’étaient plus autorisées. Elles ne le sont toujours pas. Donc maintenant les visites ont lieu dans des bureaux dédiés.  Les trois quarts du temps, durant ces visites, l’aumônier ne parle pas et se contente d’écouter pour repérer les besoins du détenu. C’est le détenu qui décide du sujet ou thème religieux dont il veut parler. Et pour installer la confiance, il arrive même qu’on aborde des sujets qui n’ont pas forcément de lien avec la religion comme la vie professionnelle ou même le football pour commencer. Puis, après avoir écouté, on voit ce qu’on peut apporter comme réponse, pour enrichir son regard religieux. Et on essaie aussi, en fonction des besoins et du niveau de chaque détenu, de leur donner des livres. Nous n’avons pas de bibliothèques dédiées à l’aumônerie, donc nous récoltons des dons de livres, notamment à la mosquée. On les distribue aux détenus en fonction de leurs besoins, pour enrichir leur regard religieux que ce soit dans leur pratique ou leur conception de la religion.

4/ On sait qu’il y a trop peu d’aumôniers musulmans en France et que leurs moyens sont limités. À quelles difficultés faites-vous face dans l’exercice de ce métier ?

Les moyens des aumôniers sont effectivement très très limités. Par exemple, on a besoin de livres, de tapis de prières mais on n’a pas les moyens de s’en procurer et d’en distribuer à ceux qui en font la demande. Donc ça, c’est une première difficulté. Ensuite, il faudrait qu’avec le temps, la confiance qui existe entre les aumôniers et les administrations se renforce un peu plus. Ça permettrait de travailler plus en profondeur sur la mission même de l’aumônier, qui est censé apporter un certain apaisement et une certaine miséricorde.

5/ Que diriez-vous pour convaincre des personnes de rejoindre les rangs de l’aumônerie musulmane ? Il y a très peu de vocations alors que c’est une fonction essentielle…

Effectivement, il y a très très peu de gens qui se rapprochent de cette fonction. Une fonction qui est noble, car Allah (Subhanahu wa ta’ala) l’a évoqué dans le Coran, dans la sourate Al Insan : « et offre la nourriture, malgré son amour, au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier ». Il y a la nourriture qui remplit le ventre et il y a aussi la nourriture qui remplit le coeur d’espoir. C’est à ça que servent les aumôniers.

Les plus grands arguments sont donc qu’Allah subhanahu wa ta’ala sera satisfait de nous si on fait notre mission correctement. Ensuite, en faisant ce travail, on contribue à améliorer la société dans laquelle nous vivons. Les détenus se retrouvent, en effet, souvent exclus ou à la marge… ils peuvent avoir besoin d’une aide, notamment spirituelle, et l’aide de l’aumônier est bénéfique pour ces personnes.

6/ Depuis quelques années, on associe beaucoup la fonction d’aumônier musulman à la question de la lutte contre la « radicalisation ». En faisant des recherches sur le web, on constate d’ailleurs que la quasi totalité des sujets consacrés aux aumôniers musulmans abordent cette fonction au prisme de la « lutte antiterroriste ». Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai que c’est un lien qui est souvent fait par les médias : quand on parle de la détention et des aumôniers musulmans c’est souvent pour parler de la radicalisation. Beaucoup voient dans les détenus musulmans des « terroristes » en puissance, les « terroristes » de demain. Il ne s’agit pas du tout de dire que le risque zéro existe… mais il y a un problème sur la conception même de ce qu’est la « radicalisation ». Ce qui se passe, ce qu’on remarque nous, c’est que la plupart des gens ont du mal à définir le concept de « radicalisation » de manière claire. De quoi parle-t-on exactement ? On le voit, par exemple, lors de nos rencontres avec les administrations pénitentiaires : il y a des difficultés à saisir ce phénomène et à comprendre ce qui se joue pour les détenus musulmans. Si bien que parfois ça peut conduire à prendre des décisions complètement contre-productives. Je me souviens d’une réunion, par exemple, durant laquelle une personne a dit qu’il fallait interdire les livres aux détenus musulmans, sous couvert de la « lutte contre la radicalisation ». Et parmi les propositions de livres à interdire, il y avait « Le Nectar Cacheté » [ndlr : une référence en matière de biographie du Prophète (sws)] ! Un livre qu’on peut retrouver dans toutes les maisons de musulmans ! On voit bien là les amalgames qui peuvent être faits entre musulman et terroriste, entre pratique religieuse et « radicalisation ».

Il faut savoir, par ailleurs que les surveillants de prison sont formés contre la radicalisation mais de manière superficielle. Et c’est à eux, à des personnes qui n’ont pas suffisamment été formées sur la question et qui n’ont pas les ressources nécessaires, qu’on va demander de faire remonter les informations sur de potentiels « signes » de « radicalisation ». Chaque surveillant est ainsi invité à dire ce qu’il voit sur le terrain. Ces informations, même quand elles ne reposent sur rien ou qu’elles ne disent absolument rien d’une quelconque dérive, vont être remontées à la hiérarchie. Une fois en haut, ils regardent ce qui revient souvent et à partir de là, ils utilisent ces éléments pour déterminer si quelqu’un est « terro » comme disent les détenus. Mais ça ne peut pas fonctionner comme ça. Malheureusement, les administrations font très peu confiance aux aumôniers musulmans. C’est dommage. Et ça fonctionne beaucoup de manière ascendante : quand on nous appelle, c’est souvent pour suivre des formations mais on ne nous a jamais rassemblés pour nous demander nos avis, nos suggestions, nos idées. On ne nous a jamais contactés en nous disant « donnez nous des idées. Comment on pourrait faire selon vous pour contrecarrer ce fléau ? Expliquez-nous ce qu’est la “radicalisation” selon vous ? », etc. On prend en compte l’avis de tout le monde : des psychologues, des sociologues, des géopoliticiens…mais on n’a jamais écouté les gens du « juste milieu ». Ça nous fait mal puisque ces incompréhensions nourrissent des amalgames qui sont préjudiciables pour tous les musulmans. 

7/ Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter ? Une question qu’on n’aurait pas posée et qui vous semble importante ?

Oui, dire que la fonction d’aumônier est une fonction noble, difficile mais qui permet de faire de belles rencontres. Elle permet aussi d’aider certaines personnes et c’est important. Nous, nous sommes musulmans, on croit au destin et aux plans d’Allah subhanahu wa ta’ala qui nous met sur le chemin de certaines personnes pour les aider à devenir meilleures. Il nous arrive en effet souvent, de sortir de ces entretiens avec un sentiment de devoir accompli, même après avoir vu ne serait-ce qu’une personne. Parfois on vient les mains vides mais ça fait extrêmement plaisir parce que les détenus sont très contents qu’on soit venu les visiter. Ils sentent qu’on le fait parce qu’on a de l’estime pour eux et une certaine confiance. C’est comme ça qu’on rend cette confiance : en visitant et revisitant ces personnes alors qu’au fond, nous n’avons aucun intérêt personnel à tirer de cela, si ce n’est pour leur bien-être spirituel et mental et pour qu’Allah subhanahu wa ta’ala soit satisfait de nous. Nous, nous n’y gagnons rien, ni argent, ni notoriété…simplement l’espoir d’avoir aidé des personnes qui en avaient besoin et qui sont souvent oubliées. Et c’est en cela que nous remercions Dieu de nous avoir choisis pour accomplir cette mission et que nous Lui demandons de nous donner la force de perdurer dans cette fonction.

Depuis le début de la crise du COVID-19, les habitudes des musulmans sont bouleversées. Si les mosquées ont progressivement ré-ouvert leurs portes partout dans le monde, une question restait en suspens pour beaucoup de fidèles : « le Hajj aura-t-il lieu cette année ? ». Après de longues semaines d’attente, l’Arabie Saoudite a annoncé ce lundi dans un communiqué, que seuls les fidèles déjà résidents dans le pays pourront participer au pèlerinage prévu du 28 juillet au 2 août 2020. Houssine Al Marfouq, président de la Coordination des organisateurs agréés Hajj de France (CHF), et gérant de l’agence Meridianis Voyages, créée en 2004 et spécialisé dans l’organisation du pèlerinage à la Mecque, a accepté de répondre à nos questions.

1/ Les autorités saoudiennes viennent d’annoncer l’annulation officielle du pèlerinage à la Mecque pour les personnes résidant en dehors du pays. En France, plusieurs agences avaient choisi de prendre les devants en annulant elles-mêmes les réservations de leurs clients et en leur proposant de reporter à l’année suivante, in sha Allah. C’est votre cas. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Les motivations des annulations de certains pays et de certaines agences sont multiples, mais la principale raison est la préservation de la santé des pèlerins, ensuite vient la raison financière pour limiter les engagements avec les fournisseurs.

2/ Comment ont réagi vos clients ?
La majorité de nos pèlerins avait émis le souhait de maintenir le Hajj cette année. Une autre partie de nos pèlerins avait choisi l’annulation anticipée principalement pour des raisons de santé.

3/ Les Omras sont-elles concernées par les mêmes mesures ?
La Omra est suspendue depuis le 26 février 2020. On espère un allègement des restrictions sanitaires afin de permettre une reprise des Omra dès le mois d’octobre 2020.

4/ Au-delà de la possibilité même de faire des voyages, est-ce que cette crise sanitaire a changé quelque chose dans votre manière de travailler et de préparer ces départs ?
Oui, d’abord l’ajout d’une clause dans le contrat qui détaille ce cas de force majeure.Par exemple, l’émission d’un avoir en cas de pandémie. Il n’y aura pas de changement majeur sur l’organisation, car pour réserver des prestations, notamment hôtelières et aériennes, il faudra toujours verser des acomptes indépendamment des risques. Enfin, si cette pandémie perdure dans le temps, même de manière limitée, il faudra qu’on s’adapte aux recommandations sanitaires des autorités saoudiennes.

 

Si l’on devait choisir trois mots pour décrire Samra Seddik, on parlerait sans hésiter de son sourire, de sa générosité et de cette incroyable bienveillance qu’elle dégage et décline dans tout ce qu’elle entreprend. Sage-femme depuis 12 ans, mariée, mère de 3 enfants, elle est aussi la fondatrice de l’association « Un Petit Bagage d’Amour » qui accompagne les femmes en situation de précarité qui attendent un bébé. Dans cette interview, elle revient pour nous sur son parcours, les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans la vie associative et l’impact de la crise sanitaire sur son métier.

Est-ce que tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Samra Seddik, j’ai (presque) 36 ans, je suis mariée et maman de 3 enfants. J’exerce le métier de sage-femme depuis 12 ans, et suis en parallèle la présidente de l’association Un Petit Bagage d’Amour. Je suis également membre de deux associations : MU, les sciences de la santé au cœur de l’humain, et A2S (Avenir Santé Solidarité).

En quoi consiste le métier de sage-femme exactement ?

Le métier de sage-femme englobe plusieurs aspects du suivi de la femme. Le versant le plus connu étant celui autour de la maternité et de l’accouchement : le suivi de grossesse (consultations pré-natales, échographies obstétricales, préparation à la naissance et à la parentalité, suivi du travail et pratique de l’accouchement, consultations post-natales, rééducation périnéale). Toute femme ayant un projet de grossesse peut également consulter une sage-femme pour un bilan pré-conceptionnel. Mais elle peut également suivre toute femme dans le cadre du suivi gynécologique de prévention, quel que soit son âge. Ainsi nous voyons les jeunes filles pour des missions de prévention (explications anatomiques, contraception, sexualité, etc.). Et les femmes pour le suivi gynécologique (frottis, dépistage du cancer du sein, ménopause, etc.). Il existe également des sages-femmes sexologues. Nous exerçons dans des structures très diverses : hôpital public ou privé (services : maternité, salle des naissances, planning familial, procréation médicalement assistée, gynécologie, etc.), maisons de naissance, libéral, PMI (protection maternelle et infantile), enseignement.

Pourquoi tu as choisi cette voie ? 

Je souhaitais faire des études de médecine, et lors du concours de première année, il y a la filière maïeutique (sage-femme) dans les choix. Je ne connaissais pas du tout le métier de sage-femme avant d’entrer à la faculté. J’avais un peu cette même image que beaucoup de personnes ont de ce métier : la femme qui pratique les accouchements, et ça s’arrêtait là.

J’ai découvert au fur et à mesure que ce métier était bien différent de ce que je pensais, et bien plus varié ! Sans compter que nous étions à cette époque à un tournant dans les compétences de ce métier, les sages-femmes obtenaient chaque année des compétences en plus (encore aujourd’hui, il y a toujours des évolutions : récemment la pratique des IVG, les vaccinations, etc.)

C’est un concours classant. Nous étions plus de 1000 candidats pour 200 places à l’époque. Et mieux on était classé, plus on avait le choix de la filière où on souhaitait aller : médecine, odontologie ou maïeutique. C’est donc par mon classement que j’ai intégré l’école de sages-femmes par la suite. Cette phrase d’Oscar Wilde résume totalement mon parcours lors du concours : « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ». Je visais donc médecine, j’ai atterri sage-femme.

On sort d’une crise sanitaire majeure, quel impact cela a eu sur ton travail et ton rapport aux patients ? 

Cette crise majeure a eu différentes conséquences sur mes habitudes de travail.

Déjà, une grande partie de notre activité a dû être annulée, tout ce qui était considéré comme « non urgent » (rééducation périnéale, suivi gynécologique de prévention, sexologie…).

Donc à la place, avec mes collègues, on s’est mises à faire plus de visites à domicile, soit parce que les patientes avaient trop peur de se déplacer à l’hôpital ou à notre cabinet, et d’être contaminées par le Covid, soit parce que les maternités raccourcissaient leur séjour afin qu’elles restent le moins longtemps à l’hôpital qui était un lieu « à risque », et nous devions prendre le relais pour le suivi des mamans et de leur nouveau-né en post-partum (accompagnement à l’allaitement, visites pédiatriques, etc.)

Nous avions également plus de consultations d’urgence (pour les mêmes raisons : les patientes préféraient se déplacer à notre cabinet plutôt qu’à l’hôpital).

Enfin, cette crise nous a fait découvrir les vidéos-consultations (qui ont été prises en charge à 100% par l’assurance maladie durant la crise) : pour les consultations dont la présence de la patiente n’était pas indispensable en présentiel, nous faisions toute la consultation à distance, dans la mesure du possible (consultations de grossesse, renouvellement de contraception, etc)

Également pour la préparation à la naissance et à la parentalité, nous avons réalisé de nombreuses séances avec des patientes et couples à distance et en groupe, via des plateformes ressemblant à Zoom. Nous avions un rôle très important de soutien psychologique dans cette période compliquée qui était encore plus difficile pour ces patientes qui se trouvaient dans un état de vulnérabilité du fait de la grossesse et qui, d’une part avaient très peur d’attraper ce virus et craignaient pour elles et leur bébé, et d’autre part, ne savaient pas si leur conjoint allait pouvoir être présent pour les accompagner durant ce moment extrêmement important de leur vie : l’accouchement.

Certaines maternités ont interdit la présence du conjoint que ça soit en salle des naissances ou durant le séjour… ce qui a été très difficile à vivre pour ces couples. Ainsi, nous avons eu des patientes qui ont accouché sans accompagnant et sans péridurale, des papas qui n’ont revu leur femme et leur bébé que plusieurs jours après l’accouchement quand la sortie précoce n’était pas possible… C’était vraiment une période très particulière. Et nous avons ressenti, plus qu’à l’accoutumée, un besoin de soutien pour ces couples, tant avant qu’après l’accouchement. La moindre chose qui n’était pas habituelle devenait anxiogène. Je peux dire que cela nous a vraiment rapprochés. Ils nous ont témoigné énormément de reconnaissance pour notre présence durant cette période où ils en avaient le plus besoin. Nous n’avons jamais autant reçu autant de SMS de remerciements en si peu de temps. Sans compter les faire-parts de naissance que nous recevions parfois très peu de temps après la naissance, comme si ces patientes voulaient nous avertir en premier et nous dire « Voilà ! on l’a fait ! mission accomplie ! Merci ! » De plus, j’ai été très touchée par ces nombreux messages de patientes au tout début de la crise, qui ne me demandaient pas de RDV, ni de questions, mais juste « prenez soin de vous » ou « attention à vous ».

Et quand je repense à tout cela, avec un peu de recul, je réalise qu’il y a des patientes, des couples, que je n’ai jamais vus en réel, qui ne m’ont contactée que pour les cours en vidéo et avec lesquels j’ai quand même tissé de super liens. Ils m’envoient régulièrement des messages pour me dire « toujours pas accouché ! » et je trouve ça juste incroyable ! C’est tellement un privilège d’être de passage dans un tel tournant de leur vie et de me dire qu’ils pensent à me donner de leurs nouvelles sans même m’avoir jamais vue en vrai. Et que peut être mes conseils les aideront dans ce moment unique…

On a pu voir que tu utilises beaucoup les réseaux sociaux pour accompagner les femmes, notamment dans la gestion de leur maternité, pourquoi c’est important pour toi ? 

Alors concernant l’utilisation des réseaux sociaux pour accompagner les femmes dans la maternité, tout a commencé grâce à l’association A2S à laquelle j’ai adhéré en 2015, et dont les missions m’ont tout de suite parlé. Ils font notamment de la prévention envers la population dans divers domaines (dont la maternité qui me concernait). Nous avions un partenariat avec la chaîne Oumma.com et tournions régulièrement des vidéos sur ces thèmes. Mais durant cette période de confinement, j’ai découvert réellement Instagram, et ses « lives ». J’avais des notifications toutes les heures de lives qui commençaient sur différents thèmes. Et je me suis dit « pourquoi pas commencer ? le concept est super ! En plus, c’est interactif ! ». Avec des amies sages-femmes et une gynécologue, nous avons donc sauté le pas. C’était vraiment une période où il y avait une forte demande de la part des femmes. Non seulement du fait du confinement (où beaucoup avaient dû arrêter de travailler et naviguaient donc plus sur les réseaux sociaux), mais aussi du fait du mois de Ramadan qui débutait, avec toutes les questions qui reviennent tous les ans concernant le jeûne et la grossesse, le jeûne et l’allaitement, les menstrues, les métrorragies, etc. Sans compter toutes ces femmes enceintes pour lesquelles les séances de préparation à la naissance avaient été arrêtées subitement par leurs maternités et qui se retrouvaient donc avec beaucoup de questions et d’angoisses par rapport au devenir de leur suivi, la prise en charge de leur accouchement, la place du conjoint, etc. C’était donc important pour mes collègues et moi-même de contribuer à les apaiser et à assurer une sorte de continuité des soins interactive.

Parallèlement à ton activité professionnelle, tu es aussi engagée avec l’association « Un petit bagage d’amour ». Est-ce que tu peux nous en parler ? 

En effet, il y a maintenant 4 ans, j’ai monté l’association Un Petit Bagage d’amour qui vient en aide aux femmes enceintes et bébés dans la grande précarité. À cette époque, il y avait beaucoup de réfugiés qui venaient d’arriver à Paris, c’étaient les tout débuts. Et parmi eux des femmes enceintes qui vivaient sous des tentes. Je travaillais dans un hôpital prenant en charge les femmes enceintes et accouchées dans un versant médico-psycho-social, qui avaient des fragilités. Et il y avait beaucoup de ces femmes qui étaient dans une situation très précaire. J’étais moi-même enceinte de mon deuxième bébé et je venais de préparer ma valise maternité. Il faut dire qu’on prend généralement énormément de plaisir et d’amour à préparer ça, en imaginant son bébé porter les petites affaires qu’on lui a choisies. J’étais de garde et devais transférer une femme enceinte de petites jumelles pour la maternité où elle allait accoucher. Je lui demande donc de prendre ses affaires et sa valise maternité. Là elle me tend un petit sac plastique, avec quasi rien dedans. Elle me dit « je n’ai que ça ». Cela m’a bouleversée. Et ça a été le déclic le soir-même pour la création de l’association.

L’association a pris énormément d’ampleur en peu de temps. Les gens étaient, et sont toujours, très touchés par cette cause qui touche les plus vulnérables de chez les vulnérables : les femmes enceintes et bébés, réfugiés pour la plupart. Avec ma super équipe, nous préparons donc des valises maternité pour les femmes démunies qui attendent un bébé, pour un accouchement dans la dignité, et faisons aussi vestiaire pour leurs frères et sœurs, et pour ces bébés qui grandissent, en leur fournissant tout le nécessaire hygiène, vêtements, et lait maternisé quand les bébés ne sont pas allaités.

Après avoir été hébergée dans un local à Montreuil, gracieusement par un cinéaste qui voulait que « quelque chose de bien se passe dans son futur chez lui avant de débuter les travaux d’emménagement », l’association s’est retrouvée par destin au sein de la grande église Saint Sulpice, au centre de Paris. Nous sommes aidés et soutenus régulièrement par les paroissiens qui nous donnent beaucoup de leur temps et préparent avec nous ces petits bagages d’amour, avec énormément de confraternité et de bienveillance.

Nous avons également une antenne à Pantin, au laboratoire écologique Zéro Déchet, où des choses merveilleuses et magiques se passent. Et des annexes ont vu le jour un peu partout en France ! Le Mans, Rennes, Lille, Pays Catalan… D’autres sont en projet : Marseille, Bordeaux, Toulouse, Reims… Les besoins étant malheureusement partout.

Comment peut-on faire pour vous aider ?  

Vous pouvez nous aider en nous donnant : 

  •  de votre temps ! Nous recherchons toujours des bénévoles pour nous aider dans le tri, la préparation, et la distribution des petits bagages à l’église Saint Sulpice lors de nos permanences (si vous êtes disponibles et intéressés : merci de rejoindre notre groupe Facebook « Les cigognes un petit bagage d’amour service d’aide aux jeunes mères » afin de connaître les dates de nos permanences, qui reprennent progressivement. Cela peut être en semaine ou en week-end en fonction des disponibilités des bénévoles les plus anciennes)
  • de votre argent ! via Paypal « unpetitbagagedamour@gmail.com » ou sur Hello Asso  où vous pouvez adhérer pour nous soutenir et nous permettre de prétendre au statut d’association d’utilité publique. L’argent récolté nous permet de recharger régulièrement nos produits de première nécessité (hygiène bébé et maman, couches, cotons, sérum physiologique, etc.)
  • des vêtements bébés, porte-bébés, poussettes, etc. ! EN TRÈS BON ÉTAT (mais pour le moment les collectes sont en pause le temps de trier tous les dons reçus). Vous pouvez nous suivre sur notre page Facebook et nous vous informerons de la reprise de ces dons.
  • Par ailleurs, notre annexe à Lille recherche un local afin de débuter ses activités. Si vous avez des pistes merci de les contacter sur leur page Facebook.

Merci à Samra et à toute l’équipe d’Un petit bagage d’amour.

N’hésitez pas à les soutenir !

Le 22 mai dernier, le Ministère de l’Intérieur annonçait la réouverture des lieux de culte. Si cette annonce représente un grand soulagement pour des millions de fidèles, elle constitue aussi un réel défi. En effet, dans le contexte de crise sanitaire que nous connaissons depuis quelques mois, la protection et la sécurité des usagers doit être une priorité. Des expériences comme celles de l’Allemagne, où des dizaines de fidèles ont été contaminés après leur participation à un office religieux, nous invitent tous collectivement à la plus grande prudence et à la plus grande responsabilité.

Pour aider les mosquées dans cette phase de déconfinement, la plateforme L.E.S. Musulmans a donc formé un groupe de travail composé d’imams et de plusieurs responsables de lieux de culte afin d’établir la liste des besoins et de proposer des outils d’accompagnement. Si le ministère a publié une série de mesures destinées à tous les responsables religieux, il nous semblait primordial de réfléchir à des dispositifs adaptés au contexte spécifique des mosquées. Ces derniers jours, le pôle MOSQUÉES de la plateforme a donc multiplié les échanges en visio-conférence avec plusieurs imams pour élaborer un plan de sortie. Il en est ressorti plusieurs choses :

  • La création d’un guide pratique destiné aux mosquées afin de faciliter la réouverture des lieux de culte. Ce guide complet, qui a été nourri par un travail d’analyse, de veille, et de concertation, recense l’ensemble des informations à jour. Il contient également une série de recommandations visant à garantir la sécurité de tous les fidèles. Il est disponible : ici.
  • La diffusion d’affiches, pensées pour être concises et complètes, au grand public. Ces visuels doivent faciliter l’appropriation du guide – plutôt long ! – au plus grand nombre, par voie numérique ou sous forme d’affiches disposées directement dans les lieux de culte.

  • L’ouverture d’une ligne d’assistance dédiée aux responsables associatifs souhaitant être conseillés et accompagnés dans la réouverture de leurs mosquées.

Les gestionnaires de lieux de culte ont, de toute évidence, un rôle majeur à jouer dans la mise en application des mesures sanitaires et la protection de tous les fidèles. Mais ce travail ne peut se faire sans la participation active de chacun d’entre nous. Il est ici question de responsabilité collective. Nous le savons, les quartiers populaires – dans lesquels vivent un grand nombre de nos coreligionnaires et où se situent une grande partie des mosquées – ont été particulièrement touchés par l’épidémie du COVID-19. Et parmi les populations les plus fragiles : les personnes âgées qui, comme on le sait, sont nombreuses à fréquenter les mosquées. Protégeons-les en veillant à appliquer et respecter, de la plus stricte des manières, les gestes barrières.

Il y a quelques jours, nous lancions le Projet Nour. L’idée ? Acheter un local, une maison, en Ile-de-France, pour abriter et faire grandir toutes les initiatives visant à améliorer le quotidien des communautés musulmanes en France. Imaginez ce que l’on pourrait faire dans un tel lieu ! Héberger les associations qui travaillent sur ces sujets, organiser des ateliers, des conférences, des projections, des formations, en toute autonomie, sans craindre qu’une tierce personne ne les annule en raison d’une barbe trop longue ou d’un voile trop présent, et disposer, enfin, d’un studio média pour filmer et enregistrer des émissions. Dès le lancement, vous avez été des centaines à manifester votre enthousiasme et à participer à la collecte initiée pour financer le projet. Vous avez été plusieurs aussi, à nous poser des questions, sur le fond et la forme. Nous y répondons dans cette F.A.Q (sous la vidéo) ! Elle sera régulièrement mise à jour afin de continuer à apporter des réponses à vos interrogations les plus courantes.

Pourquoi c’est si cher ?

On est partis sur le choix d’un lieu sur Paris-Ile de France, afin de faciliter les rencontres à l’échelle nationale, être accessible de toutes les régions et en prenant en compte le fait que ce lieu doit aussi permettre d’accueillir un média et des rendez-vous institutionnels. Or ces activités doivent être en proximité directe avec la capitale : la majorité des invités, des élus, des personnalités que nous inviterons ne feront tout simplement pas le trajet. C’est la raison principale pour laquelle toutes les grandes organisations et tous les médias les plus suivis ont leurs locaux sur Paris ou en proximité immédiate. Donc on retrouve les prix moyens de la capitale : 150 m2 environ * 10 000 Euros du m2 -> 1,5 millions Euros. C’est effectivement une somme importante, mais elle est à la fois une économie de loyers, une sécurité pour les associations musulmanes et un investissement de long terme pour l’intérêt collectif.

Est-ce que vous avez déjà trouvé ? sinon, pourquoi vous collectez ?

On a une idée précise du type de lieu et d’emplacement que l’on privilégie, avec quelques biens en vue, mais nous n’avons pas signé de contrat sur un lieu en particulier, pour une raison simple : on ne voulait pas engager financièrement une décision ou l’argent de l’association avant d’avoir collecté une part significative du budget, au risque de perdre l’argent déposé en acompte, qui appartient à tous les donateurs. Donc dès que nous aurons atteint un palier avancé du budget à collecter, nous pourrons nous positionner sur un bien. C’est aussi pour nous l’occasion d’expliquer et de faire murir le projet, sur la base de vos idées et de vos souhaits, afin qu’il soit le plus fédérateur possible.

Pourquoi sur Paris et pas en région ou en banlieue ?

C’est un choix méthodique basé sur l’emplacement et les objectifs que doit permettre d’accomplir ce lieu. Nous avons déjà collectivement de nombreux lieux de culte et d’instituts islamiques en banlieue et c’est très bien comme cela. Même chose en région, avec des centaines de projets que nous soutenons collectivement par nos dons, qui se développent au fil du temps. Ils répondent à un véritable besoin et accueillent bien volontiers des rencontres et des évènements. Mais nous n’avons aucun lieu d’importance sur Paris, accessible aux associations musulmanes et permettant d’accueillir des équipes professionnelles, des réunions, des rencontres publiques ou des formations, ce qui nous rend dépendant de locations parfois précaires et coûteuses. Il est pour nous temps de doter les musulmans d’une infrastructure qui leur manque. C’est tout le sens de ce projet.

C’est pas trop petit ?

Comparé à des projets d’instituts et de lieux de culte en région, effectivement ça peut sembler « petit », mais le prix du m2 varie de 1 à 10 entre Paris et certaines régions. C’est pourquoi nous avons choisi une taille intermédiaire de 150 m2, ce qui pour Paris-Ile de France est déjà une surface conséquente. Par ailleurs, les lieux seront modulables et évolutifs tout au long de la semaine, pour tirer meilleur parti de la surface, là où des structures disposant de plus de surface auraient plutôt opté pour des espaces dédiés à chaque sujet. Avec un bon aménagement et une bonne décoration, le projet Nour répondra aux principaux besoins, sans se lancer dans une acquisition au coût pharaonique.

À quoi ça va servir ?

Principalement trois choses :

1) accueillir les équipes professionnelles de la Plateforme et des associations partenaires, tout au long de la semaine.

2) Le weekend, des conférences et des ateliers pour le grand public.

3) Le soir, des cours, des formations ou des émissions, via le média de la plateforme grâce à un aménagement studio. Comme on le voit, ces trois utilisations s’inscrivent parfaitement dans le plan de développement annoncé par la plateforme (notamment le média) et bénéficient à tous, pour les associations comme pour le grand public.

Est-ce que c’est une priorité, au lieu de financer les mosquées ?

Ça va de pair. Il ne faut pas choisir entre les deux et gérer ces deux priorités avec la même implication. Oui, il nous faut des lieux de culte dignes et al hamdulillah, il y a partout en France des mosquées ou des projets de mosquées en cours de réalisation, mais il nous faut aussi des lieux d’organisation et de rencontre, pour mener des projets et accueillir des équipes. La mosquée ne peut pas seule répondre à tous ces besoins. Or les projets de la Plateforme doivent justement servir aussi les associations et les mosquées : ils doivent être menés de manière sérieuse et professionnelle, dans un vrai cadre de travail. C’est notamment pour cela que les grandes associations généralistes se sont toutes dotées de locaux stables et pérennes. C’est pourquoi nous souhaitons équiper les musulmans d’un lieu qui leur appartient, de manière autonome et pérenne, sans dépendre de personne.

Pourquoi ne pas louer au lieu d’acheter ?

Pour trois raisons principalement :

1) Les locations sont très coûteuses, notamment sur Paris. Lorsqu’il s’agit d’évènementiel ou de rencontres, ces prix deviennent exorbitants. Il nous semblait, en achetant, que l’argent des musulmans serait mieux utilisé sous la forme d’un investissement plutôt que « dépensé » en location, sur le long terme.

2) Les locations sont précaires, car de nombreux bailleurs ou loueurs de salles sont réfractaires à travailler avec des associations musulmanes. On ne compte même plus le nombre de contrats ou de salles annulées à la dernière minute, sous pression de groupes racistes. Ce n’est pas notre manière de voir les choses, pour l’avenir des musulmans. Il nous faut donc un lieu où nous sommes chez nous, en sécurité et non en précarité.

3) C’est le sens de l’Histoire, à partir du moment où on se place dans une optique de long terme, il faut « construire notre maison » symboliquement, en acquérant un lieu qui nous appartient à tous. Ce sera non seulement un investissement de long terme, autonome financièrement, mais aussi un héritage que nous laisserons aux générations futures, qui pourront bénéficier du rayonnement de ce lieu.