Depuis le début du confinement en France, de nombreuses actions de solidarité ont émergé, notamment au sein de la communauté musulmane. Des citoyens, des associations et des entreprises se mobilisent pour venir en aide aux plus vulnérables et combler les manques de moyens causés par la pandémie du COVID-19. Aide aux courses entre voisins, désinfection des bâtiments, prêts de locaux d’hébergement, dons de nourriture ou d’équipements médicaux aux personnels de santé : la liste des initiatives ne cesse de s’allonger au fil des jours. Lumière sur ces élans de générosité qui donnent de l’espoir. Bien sûr, la liste est loin d’être exhaustive.

AIDE ALIMENTAIRE

On le sait, les personnes vulnérables, les personnes âgées, celles qui présentent des pathologies chroniques ou qui sont en situation précaire et/ou de handicap sont les plus impactées par cette crise sanitaire, à la fois par les risques de contamination mais aussi par les conséquences du confinement. Pour beaucoup d’entre elles, cette période est donc synonyme d’isolement et de difficultés, notamment pour aller faire les courses.

Ummah Charity l’a bien compris. C’est pourquoi l’association a décidé de collaborer avec deux autres structures, 24 carats et Creil Futsal, afin de venir en aide aux personnes les plus vulnérables. Depuis quelques jours, elles proposent ainsi de livrer leurs courses aux personnes qui ne peuvent pas se déplacer dans la ville de Creil et sa région. Et pour les foyers sans ressources, Ummah Charity s’est également engagée à prendre en charge l’achat de produits de première nécessité.

En Seine-Saint-Denis, c’est l’association Young Charity qui, composée d’une vingtaine de jeunes bénévoles, organise des livraisons de courses, collectes de dons pour aider celles et ceux qui en ont besoin à vivre cette période difficile ou encore les déménagements.

À Argenteuil, l’association des Bénévoles Musulmans a lancé une campagne de solidarité autour du mot d’ordre suivant : « Restez chez vous, ON vient à vous ! ». Depuis, les bénévoles ne cessent de se plier en quatre pour venir en aide aux familles les plus en difficulté : distribution de colis alimentaires gratuits, collectes de dons, etc. L’association a également organisé la récupération et la distribution de masques auprès de l’hôpital et de l’EPHAD d’Argenteuil.

En termes de solidarité, les associations sportives ne sont pas en reste ! À Toulouse, par exemple, Toulouse Rodéo Club Football propose la livraison gratuite de courses à domicile pour les personnes âgées confinées.

LES RÉSEAUX SOCIAUX COMME RELAIS

Comme souvent, les réseaux sociaux servent aussi de levier pour développer des actions de solidarité. Plusieurs challenges ont ainsi été lancés par des associations de terrain. Ummanité, par exemple, a créé le #DrLaporteChallenge. Un moyen ludique d’encourager l’aide entre voisins dans toute la France. Comme ils l’expliquent sur leur page Instagram : « Le challenge est simple : si tu penses qu’un de tes voisins est en difficulté, proposes lui de lui faire ses courses tout en te protégeant toi et les autres grâce au gestes de prévention. Une fois le défi relevé, poste une photo de ton challenge sur tes réseaux sociaux, mentionne le #drlaportechallenge et nomme 3 personnes pour qu’ils puissent le réaliser à leur tour. »

Un autre challenge, lancé par « Les grands Frères et Sœurs de Sartrouville », a pris de l’ampleur ces derniers jours. C’est le #CleanTonHall. Une initiative civile organisée par des jeunes de la cité des Indes, à Sartrouville dans les Yvelines. Ils ont décidé de se mobiliser contre le COVID-19, en préparant des paniers repas gratuits pour les soignants ou encore en participant au nettoyage des halls d’immeuble pour faciliter le travail des femmes de ménage qui n’ont, elles, pas le droit au confinement.

AIDE POUR LE CORPS MÉDICAL

Évidemment, la solidarité s’étend jusque dans les hôpitaux. Pour soutenir celles et ceux qui sont en première ligne, épuisés et en manque de moyens face à la crise du COVID-19, des aides alimentaires et dons de matériels médicaux ont été mis en place, notamment par des lieux de culte. De fait, si les mosquées sont fermées depuis quelques jours, confinement oblige, elles n’en restent pas moins actives.

À Montreynaud, par exemple, la mosquée Al Mustapha a réalisé un don matériel au CHU de Saint-Etienne, contenant des masques, charlottes et combinaisons.

Dans le Vaucluse, la mosquée As-Sunnah du Pontet, s’est engagée, quant à elle, à offrir les services d’un restaurateur et traiteur pour les personnels de santé dans les hôpitaux de sa région.

L’institut islamique La Plume, qui donne des cours religieux et de langue arabe, a distribué plus de 300 masques chirurgicaux à l’hôpital de Valence. Ces masques étaient initialement destinés à leur pôle funéraire, pour effectuer des lavages mortuaires.

Les Jeunes musulmans de Lens ainsi que ceux de Liévin, en collaboration avec le restaurant « Le Classico » organisent des livraisons de repas auprès des services hospitaliers, pompiers ainsi que le SAMU.

Certaines mosquées, comme la mosquée Assalam de Vauréal, font aussi le lien avec les pharmacies. Les bénévoles se mobilisent ainsi pour récupérer les médicaments et les déposer devant le domicile des personnes qui en ont fait la demande. Mention spéciale à cette mosquée qui propose, en plus, de l’aide pour les courses, un soutien psychologique et une cellule d’écoute, et la continuité des relations avec les fidèles par mail ou sur les réseaux sociaux.

À noter que les gestes de solidarité avec les personnels soignants ne se limitent pas à l’aide alimentaire ou aux équipements médicaux. La grande Mosquée de Colmar, El Amal, met ainsi ses locaux à disposition des hôpitaux civils Pasteur. Fermée et vide depuis le début du confinement, ces espaces pourraient en effet servir à désengorger les hôpitaux situés à proximité.

Toutes ces actions de solidarité sont d’autant plus salutaires que le risque d’exposition au COVID-19 est très important et que seul un effort collectif nous permettra d’endiguer sa propagation.

Et vous ? Participez-vous à des actions de solidarité ? Avez-vous vu passer des initiatives que l’on pourrait ajouter à cette liste ?

Dites-le nous en commentaire !

« Nos aînés, et en particulier ceux qui vivent dans les quartiers populaires, sont en danger. Il nous faut agir vite et ensemble. » Abdelaali el Badaoui, le fondateur de l’association Banlieues Santé, tire la sonnette d’alarme. Après avoir écumé nombre de quartiers ces derniers jours, son constat est sans appel : les inégalités sociales de santé sont exacerbées par la crise sanitaire du nouveau coronavirus et pourraient avoir des conséquences dramatiques sur les populations les plus précaires et marginalisées. Pour tenter d’y faire face, à son échelle, l’association présidée par Abdelaali a décidé de lancer deux initiatives d’utilité publique : une série de vidéos d’information en plusieurs langues et une application visant à « faciliter et coordonner l’aide alimentaire apportée aux démunis ». Explications.

Pourquoi il y a urgence ?

Parce que, dans les quartiers populaires, les risques et vulnérabilités sociales et sanitaires préexistent, de manière beaucoup plus marquée qu’ailleurs, à la crise épidémique du coronavirus. On y constate, par exemple, une surreprésentation des personnes présentant des pathologies chroniques telles que l’asthme, le diabète ou des maladies de longue durée. « Sur certains de ces territoires, l’écart d’espérance de vie entre ces habitants et le reste de la population atteint presque 9 ans » précise Abdelaali el Badaoui.

Autres facteurs aggravants : d’une part, la densité de population et les difficultés de confinement dans des surfaces souvent exiguës et, d’autre part, la poursuite d’une activité professionnelle pour une grande partie de ces habitants. Oui, car c’est dans ces quartiers que vivent la plupart des travailleurs non-confinés : les employés de ménage, les caissiers, les livreurs, les ouvriers, etc., ceux qui ont été envoyés au « front », dans des conditions souvent difficiles et pas toujours sûres.

S’ajoute à cela, une « offre de soins déjà en tension en temps normal ». Comme les zones rurales, les quartiers populaires manquent de médecins et de soins de proximité. Sur les 40 villes que comptent la Seine-Saint-Denis, par exemple, 37 ont été déclarées déserts médicaux par l’Agence Régionale de Santé. 37 sur 40. Et ces carences risquent de s’aggraver avec la saturation actuelle que connaît le système de soins, notamment les hôpitaux publics.

Enfin, « la précarité, l’isolement, la barrière de la langue, les difficultés à s’approprier les messages de santé publique exposent de manière dramatique les parents et personnes âgées de nos quartiers populaires » explique Abdelaali. Si c’est sur cet enjeu spécifique que l’association Banlieues Santé a choisi de travailler, ses bénévoles appellent à une mobilisation et à la mise en place de dispositifs nationaux pour limiter les effets des inégalités de soins.

Que propose l’association Banlieues Santé ?

Enmodeconfine.org, c’est le nom de la plateforme que la structure vient de lancer. L’objectif ? Aider celles et ceux qui, notamment dans les quartiers populaires, ont le plus de difficultés à accéder au système de santé et à maintenir le lien social en cette période de confinement. Deux actions sont proposées :

  1. Des vidéos de prévention traduites en différentes langues (arabe littéraire, arabe dialectal, soninké, peul, roumain, portugais, créole réunionnais). « Il fallait que le message de santé publique soit accessible et intelligible pour le plus grand nombre » explique un bénévole de l’association.  « Avec des professionnels de santé, nous avons donc fait traduire en plusieurs langues, dont la langue des signes, les informations essentielles. Nous invitons toutes les associations en lien avec des usagers étrangers et/ou sourds et muets à les utiliser et les diffuser le plus largement possible. »
  2. Une application pour faciliter et coordonner l’aide alimentaire apportée aux populations vulnérables. Sur le terrain, l’association a constaté qu’un certain nombre de personnes, en particulier les plus âgées et les plus précaires, manquaient de denrées de première nécessité. Elle a donc conceptualisé et lancé une application dans le but de gérer la coordination de récupération, préparation et livraison de colis et repas pour les publics précités. « Le confinement n’est possible que si les plus fragiles sont autonomes et disposent de ces denrées » affirme Abdelaali. « Le lien social doit également être maintenu. » L’application permettra, en outre, d’accéder à des téléconsultations de médecins généralistes.

Comment soutenir ces initiatives ?

Il y a trois pistes d’action :

– Que ces messages soient largement relayés ! N’hésitez pas à partager cet article et l’application autour de vous. Si vous êtes un professionnel de santé, n’hésitez pas à vous porter bénévole.

– Que les associations qui travaillent auprès de populations précaires, marginalisées ou âgées, ou de manière plus générale dans les quartiers populaires, s’emparent de l’application et du protocole mis en place par Banlieues Santé. « Nous souhaitons éprouver notre modèle très rapidement et conjointement (avec les autres acteurs de la solidarité et les institutions en charge de ces volets), déterminer un modus operandi commun. Il est aujourd’hui plus que nécessaire de permettre à ceux qui peuvent s’engager de le faire dans les meilleures conditions de sécurité, sanitaires et de coordination. » précise le fondateur de l’association.

– Que ceux qui le souhaitent, et qui le peuvent, participent à la cagnotte en ligne pour soutenir ce formidable travail de terrain.

Alors que l’épidémie de coronavirus continue de progresser en France, et que le bilan des morts ne cesse de s’alourdir, de nombreuses questions se posent quant au maintien et au déroulement des rites funéraires, notamment pour les fidèles musulmans.

Ces derniers jours, nous avons en effet reçu des centaines de messages de concitoyens s’interrogeant sur les démarches à suivre pour accompagner leurs proches en fin de vie, les enterrer dans le respect des traditions musulmanes et dans des conditions dignes. L’inquiétude est d’autant plus grande que, sur les réseaux sociaux, des témoignages faisant état de problèmes graves ne cessent d’affluer :

  • saturation de certains hôpitaux, chambres mortuaires et funérariums,
  • rapatriements vers les pays d’origine bloqués en raison de la fermeture des frontières,
  • nombre insuffisant de carrés musulmans,
  • familles endeuillées livrées à elles-mêmes en raison du manque d’information.

Face à cette crise sans précédent, nous avons donc décidé de lancer, en urgence, un plan d’action multidimensionnel. La cellule de crise #UrgenceJanaza est lancée immédiatement et sera opérationnelle tout le temps qu’il faudra pour accompagner le public musulman. Afin d’en assurer le bon fonctionnement et de garantir une réactivité maximale, sept personnes seront exclusivement dédiées à cette cellule.

Concrètement, que prévoyons-nous ?

  1. Information du public sur l’état des rites funéraires et l’évolution des restrictions sanitaires.
  2. Recensement, en temps réel, des carrés musulmans, des pompes funèbres et des pays qui acceptent les rapatriements, à travers une cartographie dynamique
  3. Mise en place d’une adresse d’urgence et d’une permanence téléphonique dédiée, pour informer et conseiller les familles dans ces moments difficiles.

Par ailleurs, la plateforme L.E.S. Musulmans demande officiellement à l’État de mettre à disposition des carrés musulmans partout où cela est nécessaire afin que les familles qui le souhaitent puissent enterrer dignement leurs proches défunts. C’est l’un des principaux points de tension car dans certaines zones, ces carrés manquent cruellement. Il est indispensable de trouver des solutions pour faciliter ces inhumations n’importe où sur le territoire.

L’urgence et la gravité de la situation imposent responsabilité, coopération et solidarité nationale. Nous espérons que toutes les parties prenantes faciliteront la prise en charge et l’accompagnement des familles musulmanes dans ces moments d’épreuve.

Ces informations devant être partagées le plus largement possible, nous comptons sur votre relais.

N’hésitez pas à partager ce texte et nos supports visuels sur vos réseaux sociaux, via whatsapp, mailings, etc.

Un grand merci à tous.

Prenez soin de vous.

Pour la sécurité de tous, c’est confinement (quasi total) à la maison. Afin d’endiguer la propagation du coronavirus COVID-19, des mesures drastiques ont été prises et il est important de les respecter. Le quotidien de beaucoup d’entre nous se retrouve ainsi bousculé. Et forcément, cela a un impact sur les différentes activités religieuses et pédagogiques que certains d’entre vous suivaient ou proposaient. C’est le cas, par exemple, des prières collectives du vendredi auxquelles des milliers de fidèles participaient jusqu’alors, dans l’hexagone et outre-mer. Mais qui dit confinement ne dit pas abandon total de nos habitudes ! Et oui ! Il existe des dizaines d’outils permettant de continuer à assurer et suivre des cours pendant la période de confinement. Bon, évidemment, ça ne remplace pas les contacts humains, réels, mais grâce aux nouvelles technologies, nous pouvons garder un lien social et cultuel. Et ça, par les temps qui courent, ce n’est pas de refus 😉

On a donc sélectionné pour vous des outils permettant d’organiser des cours ou même des prêches (!) à distance. Voici le top 7 des applications qui pourraient vous servir :

1. Zoom : Pour ceux qui veulent suivre ou donner des cours en visioconférence ainsi que pour le travail collaboratif, Zoom est un outil incontournable. C’est d’ailleurs l’une des applications les plus téléchargées ces derniers temps. Sa version gratuite permet de réunir des dizaines de participants en vidéo pour une durée maximale de 40 minutes. Si vous souhaitez utiliser l’application plus longtemps, il vous suffit de relancer à chaque fois une nouvelle session de réunion (donc 40 minutes + 40 minutes + etc.) ou alors, si vous le pouvez, de prendre un abonnement. C’est une application facile d’utilisation depuis un ordinateur ou un smartphone. Vous pouvez suivre le tutoriel ici.

2. Google Classroom : Pour ceux qui préfèrent le partage et l’échange écrit. Il s’agit d’une plate-forme d’apprentissage gratuite initialement dédiée aux écoles. Son but est de simplifier la création et la diffusion de cours et d’exercices de façon numérique. Vous pourrez donc créer des contenus, vous organiser avec vos élèves, leur envoyer des copies et recevoir leurs devoirs. Pratique, par exemple, pour les organismes de cours religieux ou de cours linguistiques. Là aussi, on vous a préparé un petit tutoriel à découvrir ici.

3. Slack : on kiffe. C’est un très bon outil collaboratif ; un espace de travail virtuel, intuitif et ludique. La plateforme offre plusieurs possibilités : communiquer en groupe ou en conversation privée, échanger des documents, des photos et des vidéos ou encore, passer des appels audios et vidéos. Le petit plus, bien pratique, c’est qu’on peut organiser son travail sous la forme de chaînes, privées ou publiques, avec des hashtags dédiés. Si vous voulez vous lancer, c’est par ici que ça se passe.

4. Teams : Un outil Microsoft similaire au précédent. Il s’agit d’un espace de travail pour la collaboration et la communication en temps réel, les réunions, le partage des fichiers. Le tout regroupé au même endroit, ouvert et accessible à tous.  Il vous permet en plus de passer un appel jusqu’à 50 personnes gratuitement.

5. Discordapp : Une application gratuite de chat vocal et textuel qui fonctionne sur ordinateur et smartphone. Conçue initialement pour les joueurs en ligne, elle pourra s’adapter parfaitement à vos besoins dans le cas de simples échanges de messages écrits et vidéos. Face aux nombreux plantages de la plateforme censée assurer la continuité pédagogique entre les enseignants et les élèves en France, elle a d’ailleurs été pris d’assaut par de très nombreux professeurs soucieux d’utiliser un outil accessible aux plus jeunes.

6. Whatsapp : l’application incontournable qui permet un échange de messages rapide, simple et sûr. Depuis peu, vous pouvez aussi organiser des appels vidéos à 4. Il est également possible de créer des listes de diffusion allant jusqu’à 256 personnes pour partager des vidéos, documents et messages vocaux. Pratique…surtout quand on connaît le succès de cette application !

7. Facebook Live : c’est le réseau social le plus utilisé au monde, et en France. Si vous souhaitez organiser un cours, un prêche ou une conférence virtuels, de la manière la plus accessible qui soit, c’est sans doute cet outil qu’il vous faut ! On le recommande en particulier aux mosquées et imams qui, pour pallier l’impossibilité de le faire en présentiel, voudraient diffuser le prêche du vendredi en live. Voici un tutoriel pour vous aider à prendre en main cette fonctionnalité.

On espère que vous trouverez l’outil qui vous correspond le mieux ! N’hésitez pas à les tester et à choisir en fonction de vos besoins. Si vous avez des suggestions ou des astuces à partager, faites-le en commentaire, cela pourra bénéficier à nos lecteurs et adhérents.

Bon courage !

Depuis quelques semaines, les inquiétudes liées à l’épidémie COVID-19 grandissent, à juste titre, en France. La mesure de la crise sanitaire qui secoue une large partie du monde – et a fortiori l’Europe – semble être prise progressivement. Alors que les mesures de confinement viennent officiellement d’entrer en vigueur dans notre pays, il nous semblait important de vous proposer un article récapitulatif pour répondre à vos nombreuses questions. Qu’est-ce que le coronavirus ? Quelles sont les dispositions prises par le gouvernement ? Que devons-nous et que pouvons-nous faire pour participer à l’effort collectif de lutte contre cette pandémie ? Voici les informations essentielles.

Ce que l’on sait sur ce nouveau coronavirus

Ce qu’il faut dire d’emblée c’est que le COVID-19 suscite encore de nombreuses interrogations. Les scientifiques de nombreux pays travaillent d’arrache-pied pour déterminer l’origine exacte de ce virus, ses manifestations, ses mutations et trouver des nouvelles méthodes de diagnostic et un vaccin. C’est donc une course contre la montre qui impose des mesures drastiques et un engagement collectif conséquent.

Ce que l’on sait, pour l’instant, c’est que les premiers cas ont été signalés en décembre 2019 par la Chine. C’est plus précisément dans la ville de Wuhan que des cas groupés de pneumonies sont apparus, entre novembre et décembre de la fin de l’année dernière, et ont entraîné plusieurs décès. Le virus responsable de ces morts a été identifié comme un nouveau coronavirus, un virus de très grande taille qui doit son nom latin (en français, virus à couronne) à son aspect. La famille des coronavirus comptait jusqu’alors six formes différentes provoquant des maladies très diverses : du rhume le plus bénin à des syndromes respiratoires aigus sévères (SRAS). Si la plupart des souches du virus ne contaminent pas directement l’être humain, certaines peuvent lui être transmises par le biais d’un animal. D’ailleurs, c’est vraisemblablement ce qui est à l’origine du COVID-19 (COVID pour COrona VIrus, Disease *maladie en anglais*, 2019) et, bien que cela n’ait pas encore été établi avec certitude, la chauve-souris est la principale « suspecte ».

Comme on a pu le constater dans des circonstances dramatiques ces dernières semaines, le virus se transmet aussi entre humains, et à grande vitesse. La transmission se fait principalement lors de contacts rapprochés, par des postillons projetés en toussant ou lors d’éternuements. Rappelons que le virus dispose de trois portes d’entrée vers l’organisme, la bouche, le nez ou les yeux, et que ce sont des parties de notre visage que nous touchons assez régulièrement. Autre vecteur privilégié donc : le contact des mains avec des surfaces infectées. De fait, le virus peut survivre quelques heures, voire quelques jours selon la température et le taux d’humidité, sur diverses surfaces, comme le plastique ou le métal, si elles n’ont pas été soigneusement nettoyées.

Les symptômes

L’un des problèmes majeurs est que le COVID-19 ne présente, en apparence, aucune spécificité. Les signes cliniques principaux qu’on lui associe, parmi lesquels la fièvre, la toux sèche, la gêne respiratoire, mais aussi, dans certains cas, de la fatigue, des maux de tête ou des courbatures, peuvent laisser à penser à d’autres maladies. Dans les cas les plus graves, c’est une détresse respiratoire qui apparaît et qui nécessite une hospitalisation d’urgence. En réalité, le diagnostic ne peut être confirmé que par un test biologique mais depuis quelques jours, il n’est plus systématique. Ces tests sont désormais réservés aux personnes présentant des signes de gravité ou aux personnels de santé avec symptômes.

Qui est le plus sujet à risque ?

Les personnes âgées et immunodéprimées sont les plus susceptibles de développer des formes sévères de la maladie. De même que les personnes présentant des maladies chroniques préexistantes, telles que l’hypertension, des maladies cardiovasculaires, du diabète, ou des maladies respiratoires et hépatiques. Les femmes enceintes, à partir du 3ème trimestre, ainsi que les personnes présentant une obésité morbide font, selon le Haut conseil de la santé publique, également partie des personnes vulnérables.

En revanche, les enfants de moins de quinze ans seraient peu susceptibles de déclencher une forme sévère du coronavirus. Ils restent toutefois des vecteurs potentiels de la contamination. Il est important de rappeler que toute personne peut être porteur du virus, sans forcément déclencher la maladie. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré que « 80% des gens ne font pas ou peu de symptômes », précisant que c’est donc « un virus qui est asymptomatique ou bénin chez l’immense majorité des Français ». Ainsi, beaucoup peuvent participer à la propagation de la maladie sans même s’en rendre compte. C’est pourquoi chaque personne doit impérativement suivre les recommandations mises en place : ce n’est pas parce que vous vous sentez bien que vous n’êtes pas porteur du virus. De même, les malades qui présentent des symptômes de faibles intensité n’en sont pas moins contagieux. Vos faits et gestes peuvent ainsi avoir des conséquences sur vos proches, vos voisins, votre entourage. Les précautions sont donc de mise.

Concrètement, que devons-nous faire ?

Si vous n’avez pas de symptômes :

  • Restez chez vous. Bien sûr, ce n’est pas possible pour tout le monde, on le sait…mais vraiment, si vous le pouvez, restez chez vous. Limitez vos déplacements et les contacts avec les gens au maximum.
  • Respectez les consignes de sécurité : afin de vous protéger et éviter la propagation, lavez-vous les mains régulièrement, toussez ou éternuez dans votre coude, utilisez des mouchoirs à usage unique, saluez sans se serrer la main et évitez les embrassades. Évitez de vous toucher les yeux, le nez ou la bouche.
  • Ne surchargez pas le 15 et les urgences inutilement. Ils ne doivent être contactés qu’en cas de symptômes graves. Si vous avez des questions non médicales sur le coronavirus, composez le numéro dédié : 0800 130 000.
  • Les personnes atteintes d’une maladie chronique et/ou suivant un traitement de fond peuvent se faire délivrer des médicaments par les pharmaciens sans besoin de renouveler leur ordonnance auprès de leur médecin traitant. 

Si vous avez été en contact avec une personne malade :

  • Isolez-vous à votre domicile pendant 14 jours.
  • Prenez votre température corporelle deux fois par jour.
  • Surveillez l’apparition de symptômes.

Si vous avez des symptômes du COVID-19 :

  • Restez à domicile et isolez vous des autres personnes vivant dans le foyer ou portez un masque à leur contact.
  • Ne pas prendre d’anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone…) qui pourrait être un facteur aggravant de l’infection. Prenez du paracétamol (doliprane, efferalgan…).
  • Ne vous rendez pas chez votre médecin, appelez-le.
  •  Désinfectez et lavez chaque jour les surfaces touchées.
  •  Reposez-vous. Dans 85% des cas, la maladie guérit avec du repos.

Si vos symptômes du COVID-19 s’aggravent :

  • Appelez le Samu (15) ou le 114 (pour les personnes malentendantes) si des symptômes graves, tels que des difficultés respiratoires, des signes d’étouffement ou un malaise, apparaissent.
  • N’allez pas à l’hôpital, c’est le Samu qui décidera si le patient nécessite une prise en charge. Un hôpital de référence a été désigné dans chacun des départements de France.

Où en est la France ?

En France, les premiers malades ont été déclarés le 24 janvier 2020. Depuis, le nombre de cas n’a cessé d’augmenter. Selon le Ministre de la Santé, le bilan est passé ce mardi 17 mars, à 175 morts et 7730 cas de contamination (dont 699 personnes en réanimation).  À noter que 7% des morts ont moins de 60 ans. Toutes les régions françaises sont touchées, dans et hors des frontières hexagonales ; les plus affectées étant l’Ile-de-France, l’Auvergne Rhône-Alpes, le Grand-Est et les Hauts-de-France.

Le dépistage n’étant pas systématique, il faut partir du principe que le nombre de cas est largement sous-estimé, notamment en région francilienne.

Pour faire face à cette pandémie, l’exécutif a adopté une série de mesures historiques. Si elles sont contraignantes pour la plupart d’entre nous, elles apparaissent aujourd’hui comme le meilleur moyen de freiner la progression de l’épidémie.

Les mesures mises en place

Ces dispositions sont susceptibles d’évoluer et seront régulièrement mises à jour sur cette page. Dernière actualisation : mardi 17 mars à 22h00.

Services publics 

  • Fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités. Une continuité pédagogique est mise en place via « Ma classe à la maison », la plateforme dédiée du CNED. Cette dernière ayant rencontré un certain nombre de problèmes au démarrage, n’hésitez pas à vous rapprocher des enseignants de vos enfants pour suivre avec eux et étudier les différentes possibilités. Par ailleurs, rappelons que pour les personnels nécessaires à la gestion de la crise sanitaire, l’accueil des enfants de moins de 16 ans dans les établissements scolaires est maintenu.
  • La plupart des autres services publics sont maintenus (transports, sécurité, collecte des déchets, services administratifs…) ; certains ont simplement procédé à une réorganisation de leur fonctionnement ou une réduction de leur rythme.
  • Depuis ce lundi 16 mars, les tribunaux sont fermés au public, sauf pour le traitement des contentieux essentiels. De nombreux procès ont été ajournés.
  • Les examens et concours qui devaient avoir lieu ces trois prochaines semaines ont été reportés.
  • Le second tour des élections municipales a également été reporté.

Lieux publics et commerces

  • Les établissements recevant du public sont fermés (les lieux de culte, les centres commerciaux, restaurants, bibliothèques, musées…). Les rassemblements étant interdits, les prières collectives à la mosquée ne peuvent avoir lieu. Pas de jumu’a (prière du vendredi) ces 15 prochains jours. Des mosquées s’organisent pour proposer des prêches en live, nous vous tiendrons au courant.
  • Les pharmacies, stations-services, banques, bureaux de tabac et commerces alimentaires restent ouverts.
  • La sécurité d’approvisionnement en produits alimentaires est garantie. Aussi, même si l’on peut comprendre la panique qui a gagné certains d’entre nous, nous rappelons qu’il n’est pas nécessaire de faire des stocks de 6 mois.

Transports et déplacements

Depuis ce mardi 17 mars, la France est entrée dans une phase de confinement quasi-totale. Afin de limiter la propagation du virus, chaque citoyen est invité à réduire ses déplacements et ses rencontres au maximum. Seules les exceptions suivantes sont tolérées :

  • trajet entre le domicile et le travail
  • sortie à proximité du domicile pour aller faire ses courses ou aller à la pharmacie
  • sortie pour des motifs de santé
  • sortie pour des motifs familiaux impérieux (aide à une personne vulnérable, garde d’enfants, etc.)
  • sortie brève, à proximité du domicile, pour une activité physique individuelle

Chaque sortie doit être justifiée. Pour ce faire, il faudra se munir d’un document attestant sur l’honneur le motif de son déplacement. L’attestation peut être retranscrite sur papier libre ou remplie directement sur son smartphone. Le gouvernement a annoncé le déploiement de 100 000 policiers sur le territoire pour veiller à ce que ces consignes soient respectées. Des contrôles seront donc régulièrement effectués. Le non respect de ces règles entraînera une amende de 38 euros ; amende qui pourra à terme être portée à 135 euros.

Évidemment, les gestes barrières doivent être appliqués à chaque sortie.

  • Les transports en commun et interurbains continuent de fonctionner mais avec un trafic fortement réduit.
  • La France, et tous les autres pays membres de l’Union Européenne, ont décidé de fermer leurs frontières pour une durée minimale de 30 jours. Là encore, quelques exceptions sont envisagées…notamment pour les européens bloqués à l’étranger et qui souhaiteraient rentrer dans leur pays. Si tel est votre cas, il vous faut urgemment prendre attache avec l’ambassade française de la ville où vous vous trouvez.

Ce que vous pouvez faire, en plus, pour aider.

Oui, il y a un certain nombre d’inconnus. Oui, les mesures sont contraignantes. Oui, il y aura un avant et un après cette crise sanitaire mondiale. Mais rien de tout ça ne nous empêche d’inventer de nouvelles solidarités, de nous rendre disponibles pour nos proches et nos voisins (dans le respect des consignes, évidemment) et de contribuer à la lutte contre cette pandémie.

  • Si vous le pouvez, n’hésitez pas à proposer de l’aide à vos voisins les plus vulnérables. Laissez-leur un mot ou passez-leur un coup de fil : ils auront peut-être besoin de courses, d’informations ou autre.
  • Prenez des nouvelles de vos proches par message ou téléphone, et encouragez-les à en faire de même avec leurs propres cercles amicaux et familiaux.
  • Peut-être pouvez-vous offrir de votre temps pour soutenir des associations, notamment à travers des activités à distance ? Contactez-les par mail ou téléphone et proposez vos compétences.
  • Sur les réseaux sociaux, des citoyens ont appelé à rendre hommage tous les soirs aux personnels de santé qui sont tous les jours en première ligne contre ce virus. L’idée est simple : à 19h, on sort sur son balcon et on applaudit ! Si vous le faites, n’hésitez pas à nous envoyer vos images.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Ils s’appellent Omar, Imen, Alexis, Houcine et Farida. Ils sont ingénieur, auditeur financier, entrepreneur ou conseiller professionnel. Ils ont fondé l’un des projets socio-économiques les plus prometteurs du pays, en liant l’accompagnement à l’emploi à la lutte contre l’exclusion sociale et les discriminations. Ce jeudi 27 février 2020, ils organisent un salon de l’emploi novateur.

Décryptage et interview avec l’équipe de Booster d’Avenir, en exclusivité pour la plateforme L.E.S.M avec laquelle un partenariat se dessine. On parle de tout ça, et bien plus, dans cette interview.

Pouvez-vous nous présenter votre association, pour nos lecteurs et abonnés ?

Équipe Booster d’Avenir : Nous sommes un réseau de deux structures de l’économie sociale et solidaire, avec une association mère (Booster d’Avenir) et une autre structure (Family Boost).

Booster d’Avenir a trois missions :

Sensibiliser et fédérer les entreprises, les acteurs sociaux, institutionnels et communautaires sur les questions d’exclusion, de précarité et de discrimination

Favoriser la création d’emploi et l’autonomie d’action

– Innover en créant des solutions là où elles n’existent pas ou sont insuffisantes

Family Boost (une startup de services à la personne), qui lance ses activités le 15 mars prochain, a pour objectif d’employer une centaine de personnes par an, en contrat d’insertion. Nous visons en particulier les réfugiés et les personnes avec un bas niveau de qualification.

Les revenus ainsi générés par Family Boost servent à développer la structure et à financer les activités sociales de Booster d’Avenir. Et inversement, Booster d’Avenir peut permettre de détecter et d’accompagner des futurs salariés ou des futurs bénéficiaires de Family Boost.

Les deux structures ont été réellement pensées en synergie.

Les objectifs sont magnifiques et, si on comprend bien, fonctionneraient ensemble, avec un moteur économique et un moteur social. Vous organisez aujourd’hui à Lyon un premier salon de l’emploi sur un modèle original. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Équipe Booster d’Avenir : Le salon de l’emploi, de l’inclusion et de la diversité est une action de sensibilisation des acteurs économiques (principalement les entreprises) et institutionnels, sur la question de l’inclusion des personnes en situation d’exclusion sociale ou en situation de discrimination, quelles qu’en soient les formes.

Comment ça marche ?

  • Pendant deux mois, nous préparons gratuitement et bénévolement 200 candidats.
  • Puis, nous organisons et les retrouvons durant le salon où nous les mettons en relation avec nos entreprises partenaires, qui ont une démarche d’inclusion de la diversité
  • Enfin, nous accompagnons les entreprises et les candidats recrutés dans l’intégration et le maintien dans l’emploi durable

Notre notion de diversité inclut toutes les personnes, quelles que soient leurs origines ou leur religion. Dans ce projet, toutes les personnes en recherche d’emploi, faisant souvent face à un blocage, sont les bienvenues, qu’elles soient des séniors, des réfugiés, des femmes portant un foulard, des personnes sans forte qualification, etc.

L’événement est entièrement financé par l’association. Nous ne touchons rien, ni des candidats, ni des entreprises.

Si le projet va à son terme comme vous l’espérez (et c’est tout le bien que l’on vous souhaite), quel impact anticipez-vous dans la vie des participants ? Par ailleurs, même si le projet s’adresse à tout le monde, est-ce qu’il y a des aspects qui affectent plus particulièrement les citoyens de confession musulmane ?

Équipe Booster d’Avenir : Comme vous l’avez relevé, notre projet s’adresse à tous. Et pour être le plus utile et le plus impactant, il doit être d’autant plus accessible aux personnes les plus marginalisées. Ce public qu’on appelle « les invisibles ». Ceux dont personne ne s’occupe vraiment. On va les chercher dans leur environnement social, on leur tend la main et on mobilise toutes nos compétences et notre réseau pour leur permettre de rencontrer directement des entreprises qui ont une dimension d’inclusion.

S’agissant des musulmans, il n’y a pas d’exception ou de spécificité dans notre prise en charge mais, compte tenu de leur situation ou de leur origine sociale, beaucoup d’entre eux sont particulièrement affectés par les problèmes que l’on essaie de résoudre : malheureusement, l’exclusion sociale touche particulièrement les quartiers populaires, où il y a une surreprésentation de personnes de confession et de culture musulmane, avec des marqueurs d’origine, de religion et d’appartenance sociale qui les surexposent à la discrimination. Il est donc statistiquement et sociologiquement logique de constater que ce public représente près de 70 % des 200 candidats qu’on accompagne dans le cadre de ce salon.

On est d’autant plus convaincus par votre initiative qu’on partage le même état d’esprit, même si on œuvre à des niveaux et dans des domaines sensiblement différents, bien que connexes et complémentaires. Sur le fond, qu’est-ce qui vous a motivés le plus dans le lancement de ce projet, alors même que vous avez tous vos vies personnelles, vos carrières et vos projets à gérer en même temps ?

Équipe Booster d’Avenir : Pour être très clairs, notre motivation principale est simple : trouver des solutions sur le long terme pour les personnes en situation d’exclusion. Proposer autre chose que des solutions immédiates et peu durables. Agir sur les facteurs profonds de ces problèmes menant à la précarité, plutôt que d’uniquement s’émouvoir de leurs conséquences.

Pour nous c’est cette approche qui apporte la dignité et l’autonomie aux bénéficiaires de nos projets, plutôt que de les maintenir dans une situation de fragilité voire parfois de dépendance. Ces valeurs de dignité et d’autonomie sont centrales pour nous. Mais ce sont des valeurs que la Plateforme L.E.S.M partage aussi…

Justement, en parlant de convergences de valeurs et de coopération, il y a un partenariat qui se tisse entre Booster d’Avenir et la Plateforme L.E.S.M. Concrètement, comment voyez-vous les choses dans le futur ?

Équipe Booster d’Avenir : On a un très gros volet sensibilisation, au niveau national. La gestion et la prévention de l’exclusion sociale sont des responsabilités collectives, notamment pour les premiers touchés, dont de nombreuses personnes sont issues des quartiers populaires (mais pas uniquement) et/ou font partie de publics affinitaires, comme les communautés musulmanes locales (mais pas uniquement).

Ce défi colossal, on ne peut le relever qu’en travaillant ensemble.

Si la Plateforme L.E.S.M pouvait se saisir de cette question de sensibilisation et d’éducation, afin de faire en sorte de porter cette voix : agir sur le long terme et sur les facteurs, alors Booster d’Avenir sera heureux d’apporter son expertise dans toutes les réponses à mettre en œuvre. Ce travail de synergie permettra de décupler l’impact de ce qu’on souhaite faire au niveau local, tout en fournissant des solutions concrètes aux gens qui vivent l’exclusion et la précarité.

C’est pourquoi nous sommes heureux de ce partenariat qui se concrétise aujourd’hui.

La plateforme aussi 😉

 

 

 

Nous vous l’annoncions il y a quelques semaines, les imams et cadres religieux vont enfin être dotés d’une structure collaborative à leur service : l’union des imams. Fruit d’un travail et d’un recensement des besoins sur plusieurs années, cette structure, portée par la Plateforme L.E.S Musulmans, vise à aider, à accompagner et à soutenir les ministres du culte musulman dans l’accomplissement de leur mission.

Cette démarche organique ne vient en aucun cas remplacer ou concurrencer des organisations théologiques pré-existantes, comme tient à le rappeler Abdelmonaïm Boussena, co-fondateur de la Plateforme L.E.S Musulmans et l’un des coordinateurs de l’Union des Imams :

« Nous regardons avec beaucoup de respect les instances religieuses créées dans le passé, qui ont essayé de faire au mieux, avec chacune leurs forces et leurs faiblesses. C’est pourquoi notre démarche n’a pas vocation à remplacer leur réflexion théologique ou institutionnelle, mais à compléter ce travail en répondant à un double objectif très concret : d’une part accompagner professionnellement les imams – comme le ferait un syndicat -, d’autre part créer un cadre dans lequel ils peuvent travailler ensemble. »

En effet, si l’essentiel des travaux passés autour des imams ont porté sur des questions théologiques ou de représentation au sein des fédérations, les religieux musulmans ont rarement été réellement pris en compte sur le plan strictement professionnel, comme le relève Naziha, présidente de la Plateforme L.E.S Musulmans :

« On demande à nos imams d’être compétents sur tout. Ils doivent diriger la prière, répondre à des questions religieuses, nous aider dans nos litiges personnels, donner des cours, orienter nos jeunes sur le bon chemin, faire du soutien psychologique… et parfois même entretenir la mosquée. Mais qui se soucie de leur statut professionnel, de leur bien-être, de leur formation ou de leurs droits ? À l’heure où certains voudraient marginaliser les imams, si l’on veut que nos cadres religieux soient à la hauteur des immenses enjeux de la communauté musulmane, nous devons leur en fournir les moyens. »

C’est pour cette raison que l’Union des Imams privilégie des services concrets et souples, en direction des religieux musulmans, partout sur le territoire français. On peut citer quelques-uns de ces services :

  • Du conseil social et juridique, afin que les imams puissent connaître leurs droits et être accompagnés et soutenus, lorsqu’ils en ont besoin.
  • Des formations continues, sur toutes les compétences connexes au métier d’imam : histoire, communication, sociologie, droit, psychologie. Les imams pourront suivre, selon leur choix, des modules conçus spécialement pour eux afin de renforcer leurs connaissances et de faciliter leur mission.
  • Une bourse de l’emploi, permettant aux imams qualifiés et disponibles de rapidement trouver une mission et, symétriquement, facilitant la démarche pour les mosquées et les instituts qui recrutent, en leur donnant accès à des imams bien formés.
  • Des rencontres et des séminaires : grâce au soutien logistique, organisationnel et financier de la Plateforme L.E.S Musulmans, les imams membres de l’Union auront accès à des évènements où ils peuvent se rencontrer ensemble, travailler sur des thématiques précises sous forme de séminaires professionnels afin d’enrichir l’état de la réflexion sur les questions théologiques qui touchent les musulmans.

L’ensemble de ce dispositif est complété par des boucles de discussions et d’échanges informels, permettant aux imams de mieux se connaitre, de tisser des liens de confiance et de se tenir informés.

Sans surprise et dès son lancement, l’Union des Imams a été saluée et largement soutenue par les premiers concernés, puisqu’ils sont déjà plus de 200 à avoir rejoint le dispositif. Rachid El Jay, co-fondateur de la Plateforme L.E.S Musulmans et l’un des animateurs de l’Union des Imams, résume :

« Il y a une incroyable diversité parmi nous et c’est une richesse. On n’est pas d’accord sur tout, mais on se respecte professionnellement, puisqu’on essaie tous d’œuvrer dans le même sens : celui du vivre-ensemble et de l’unité. Je pense que ce qui a plu à beaucoup d’imams, c’est l’aspect cadré et concret de la démarche : l’Union des Imams a vocation à leur être utile, au quotidien. »

Après cette phase de genèse couronnée de succès, l’Union des Imams vivra sa première rencontre nationale dans les semaines qui viennent.

Ils sont plus de 350 à travers la France à avoir proposé leur candidature ou recommandé quelqu’un, pour le projet #100VOIX. Pour rappel, ce projet vise à former 100 personnes à la prise de parole et à la communication, afin de montrer la diversité et la richesse des communautés musulmanes en France, tout en mettant en valeur le parcours de ces personnes inspirantes.

Nada, cheffe de projet pour la Plateforme L.E.S Musulmans, nous en dit plus : « Il s’agit d’abord de répondre à une priorité identifiée par les musulmans, lors de la grande consultation nationale menée en 2018. En effet, l’image des musulmans et le traitement médiatique avaient été identifiés comme un enjeu majeur. »

Parmi les réponses les plus récurrentes sur le sujet, deux idées se dégageaient :

La première : certains médias ne s’intéressent aux musulmans que lorsqu’il y a un problème, avec une volonté constante de stigmatiser, par le biais de reportages anxiogènes ou de plateaux télévisés plus proches du café du commerce que du débat d’idées journalistique.

La seconde : il existe partout en France des initiatives locales et des personnes de confession musulmane qui ont des choses importantes et intéressantes à dire, pour peu qu’on leur donne la parole. Il faudrait rendre visible ces personnes dans les conférences et dans les médias, afin d’améliorer l’image et la représentation des musulmans.

C’est précisément ce que vise le projet #100VOIX, en formant des personnes, mais aussi en les mettant en valeur, afin d’enrichir le récit et l’image des musulmans vivant en France. Cela permettra également de découvrir de nouveaux talents et de nouvelles compétences, pour renforcer l’offre de conférences et d’enseignements, à destination des communautés locales, dans des domaines aussi variés que l’économie, la santé ou l’entrepreneuriat.

Pour ce faire, il a fallu mettre en place une réelle méthodologie, comme nous l’explique Ghassane, coordinateur du projet #100VOIX :

« Dans un premier temps, nous avons lu et soigneusement analysé toutes les candidatures, afin de sélectionner celles qui correspondaient le mieux à cette première phase du projet, en cherchant à respecter au mieux la diversité des parcours : une bonne distribution géographique, des hommes et des femmes, des origines et des parcours différents, un large éventail de catégories associatives et professionnelles, différentes classes d’âge et différentes sensibilités religieuses et citoyennes.

Ensuite, durant les dernières semaines, nous avons rencontré individuellement les candidats retenus pour cette deuxième phase du processus, afin de mieux comprendre leur motivation et leur parcours, puis répondre à toutes leurs questions sur le projet et le contenu des formations. Les candidats ont aussi pu se rencontrer et tisser des liens entre eux. »

Cette diversité de parcours est l’une des grandes forces du projet, puisqu’elle donne la mesure de la réalité des communautés musulmanes locales, où toutes les compétences existent. Mihane, co-fondatrice de la Plateforme L.E.S Musulmans, nous l’explique :

« Nous avons été tellement touchés par l’engouement et la richesse des parcours. Même si nous le savions déjà, c’était vraiment émouvant de rencontrer ces héros anonymes qui accomplissent des miracles au quotidien.

Ils sont enseignants, médecins, entrepreneurs, ouvriers, imams. Ils sont étudiants, sportifs de haut niveau ou élus locaux. De toutes les origines. Parfois avec des parcours accidentés. Parfois des réussites exceptionnelles. Mais ils ont tous en commun une lumière, un espoir, une profonde envie d’aider, de participer, de donner aux autres un peu de ce qu’ils ont reçu. »

L’équipe du projet #100VOIX finalisera les séquences d’entretien dans les jours qui viennent, puis le cursus pourra commencer.

La première formation aura lieu en mars et le groupe sera réuni à Paris pour ce moment important. On a vraiment hâte de vous les présenter !

Comme nombre de nos concitoyens, nous avons pris connaissance – hélas sans grande surprise – des annonces du Président de la République s’agissant de la « lutte contre le séparatisme islamiste ».

Sans surprise, car la démarche adoptée par Emmanuel Macron, celle qui consiste à faire des musulmans des citoyens d’exception qu’il faudrait placer sous contrôle politique, est précisément l’une des raisons pour lesquelles nous avions, dès 2018, initié une grande consultation des musulmans, puis fondé la plateforme L.E.S Musulmans. L’objectif était de doter les fidèles d’une organisation d’ampleur nationale, participative, transparente et au service de tous.

En moins de deux ans, nous avons posé les jalons de ce que le Président de la République prétend aujourd’hui appeler de ses vœux :

Une structuration organique et professionnalisée des communautés musulmanes, pleinement ancrée dans la société française, ouverte à tous, déconnectée des influences étrangères sans pour autant renier l’héritage culturel des générations précédentes, dotée d’un financement pérenne choisi par les musulmans de France eux-mêmes.

À ce jour, la plateforme rassemble plus de 12000 adhérents et donateurs, plus de 250 associations et mosquées, plus de 700 bénévoles et des salariés dédiés, œuvrant ensemble sur 10 projets et groupes de travail, partout à travers la France.

Mais loin de nos réalités de terrain, et dans un contexte de crise sociale et environnementale majeure, la mise à l’index des musulmans fournit avec constance une source fiable de diversion et de captation des sujets, auxquels sont particulièrement réceptives des franges racistes de l’électorat, particulièrement importantes durant les séquences électorales.

Une fois de plus, c’est une séquence de criminalisation qui vaut aux musulmans l’intense attention des médias, des partis politiques et des institutions, jusqu’au plus haut niveau de l’État. Une fois de plus, et c’est malheureux, le Président cède à un agenda politique qui vise à faire des musulmans des citoyens d’exception, puisque l’ensemble des mesures qui ont été annoncées les visent explicitement et spécifiquement. Le plan annoncé ne parle pas des réelles velléités séparatistes de certaines mouvances politiques dans le pays, ni mêmes des stratégies de lobbying de groupes idéologiques et/ou religieux de manière générale, mais vise nommément les musulmans, faisant d’eux la cible de toutes les stigmatisations, tout en s’en défendant du point de vue discursif.

Il est non moins malheureux de relever que la laïcité est une nouvelle fois dévoyée de son sens profond, quand un président de la République pourtant élu pour apaiser ces questions, s’autorise à dicter aux dignitaires du culte musulman les modalités de leur organisation et leur cadrage idéologique, en leur donnant un ultimatum (le CFCM est ainsi sommé de s’exécuter avant le 30 mars, sous peine de l’écarter au profit d’interlocuteurs plus dociles). La laïcité ne consiste-t-elle pas à respecter l’autonomie des communautés religieuses, dans le plus strict respect des lois, dans un dialogue sincère et constructif avec la République ?

À ce titre et compte tenu des autres mesures à venir, parachuter de dociles supplétifs, dont on assurera les subsides en ponctionnant de force l’argent des musulmans qui les rejettent, ne sera d’aucun secours, puisqu’aux yeux des racistes, la simple expression musulmane est déjà de trop.

Le Président, s’agissant des musulmans, s’est dit vouloir être « fraternellement autoritaire ».

Mais l’autoritarisme n’est jamais « fraternel ».

En tentant de mettre sous strict contrôle politique et organisationnel les structures musulmanes, le président prend le risque d’obtenir exactement l’effet contraire de ce qui est escompté : en actant la rupture et la défiance vis-à-vis des citoyens musulmans, visés ainsi par un discours d’exception, il encourage le repli qu’il prétend vouloir combattre.

Et pour quel bénéfice ?

Le Président se coupe un peu plus du quotidien social, culturel, cultuel et pluriel des Français du réel, qui vivent et font ensemble sur le terrain, pour céder aux sirènes d’un électorat qui ne sera jamais satisfait, tant que les musulmans n’auront pas été relégués à la plus complète et à la plus totale exclusion.

Le plan ainsi initié par le gouvernement, dont l’essentiel consiste à entraver les structures musulmanes en détournant des procédures sanitaires, financières et réglementaires usuelles pour en faire des instruments de répression, va conduire à un double échec :

D’une part, un échec politique, puisqu’il vient légitimer et valider une grille de lecture idéologique raciste émanant de l’extrême-droite, qui construit les musulmans comme un problème à réguler et à contrôler, au sein de la République, ouvrant la voie au pire.

D’autre part, un échec sociétal, puisqu’il marquera dans l’histoire en le signant de son nom, le moment où la République aura fait de ses citoyens musulmans des objets assignés au choix qui n’en n’est pas : vivre une religion conditionnelle, soumise au temps politique des extrêmes, ou partir.

Ce choix destructeur, nous le refusons. En tant que citoyens.

Nous lui substituons un espoir. En tant que croyants.

Nous voulons croire qu’il est encore possible pour l’État de faire preuve de lucidité et de dialogue sur ces questions, au risque d’atteindre un point de non-retour.

Poursuivant son travail quotidien auprès des structures de terrain et des musulmans du quotidien, la plateforme L.E.S Musulmans continue d’œuvrer pour le bien de tous, au service d’une vision rassembleuse, participative et professionnelle des organisations musulmanes de France.

COMMUNIQUÉ DES INITIATEURS #MARCHE10NOVEMBRE

Les initiateurs de la marche contre l’islamophobie du 10 novembre se félicitent de l’immense succès de la manifestation. Ce sont plus de 40 000 personnes, qui se sont retrouvées dans les rues de Paris, avec également des déclinaisons locales de la marche en régions. Un succès d’autant plus grand que la marche a été, durant toute la semaine qui l’a précédée, la cible d’une véritable campagne de diffamation, voire de haine, destinée à la saboter, à la délégitimer et à dissuader les gens de s’y rendre. Les initiateurs ont par ailleurs subi de nombreuses attaques, certains d’entre eux recevant des menaces de mort explicites.

Un tournant historique depuis la marche pour l’égalité de 1983

La marche du 10 novembre marque de toute évidence un tournant dans la situation : il ne s’agit rien moins que de la plus grande mobilisation antiraciste prise en charge par les premiers concernés depuis la grande Marche pour l’égalité de 1983, avec le soutien d’un large spectre d’organisations syndicales, associatives et politiques.

Héritiers et riches de cette histoire, les premiers concernés ont appris et ne laisseront pas les objectifs de cette marche historique leur échapper. Ils sont en effet acteurs de leur histoire avec tous ceux qui ont, à leur côté, co-initié cette marche ou signé la tribune. Les rues de Paris se sont ainsi remplies de dizaines de milliers de personnes, de tous âges, de toutes origines et de toutes confessions, citoyens révoltés, militants engagés, élus, personnalités, qui ont tous ensemble porté un message clair : l’islamophobie est un racisme qui doit être fermement combattu et considéré comme une « cause nationale » au même titre que le combat contre les autres discriminations. Dans de nombreuses prises de parole, la nécessité de se mobiliser contre tous les racismes a été rappelée.

La marche du 10 novembre, une démonstration d’unité

Nous n’en resterons pas là car, malheureusement, le succès de cette marche est également dû à un contexte particulièrement préoccupant pour les citoyens de confession musulmane : de l’attentat qui a visé l’imam de Brest le 27 juin dernier aux déclarations de Macron sur la « société de vigilance » et les « signaux faibles », qui jettent la suspicion sur l’ensemble des musulmans pratiquants ou non, à l’humiliation d’une femme voilée par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en passant par le vote d’une proposition de loi discriminatoire au Sénat ou l’attaque au couteau d’une jeune mère devant ses enfants. Sans oublier, la démonstration la plus récente de cette haine du musulman qui pousse au passage à l’acte : l’attentat contre la mosquée de Bayonne, le 28 octobre 2019.

N’en déplaise à ceux qui essaient d’entretenir de vaines polémiques, nous sommes fiers de la réussite de la marche du 10 novembre, véritable démonstration d’unité face à tous les semeurs de haine, une démonstration de force face à celles et ceux qui de l’extrême droite aux partis institutionnels en passant par les plus hauts sommets de l’État misent d’une manière ou d’une autre sur l’islamophobie.

Ce succès en appelle d’autres : les initiateurs, que sont l’élu de la ville de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, le collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), la Plateforme L.E.S. Musulmans, le comité Adama, le nouveau parti anticapitaliste, l’union communiste libertaire et le journaliste Taha Bouhafs, se réuniront cette semaine et reprendront contact avec les organisations ayant appelé à la marche pour envisager les suites à donner à cette formidable journée de mobilisation populaire.

Paris, le 11 novembre 2019