Ils s’appellent Omar, Imen, Alexis, Houcine et Farida. Ils sont ingénieur, auditeur financier, entrepreneur ou conseiller professionnel. Ils ont fondé l’un des projets socio-économiques les plus prometteurs du pays, en liant l’accompagnement à l’emploi à la lutte contre l’exclusion sociale et les discriminations. Ce jeudi 27 février 2020, ils organisent un salon de l’emploi novateur.

Décryptage et interview avec l’équipe de Booster d’Avenir, en exclusivité pour la plateforme L.E.S.M avec laquelle un partenariat se dessine. On parle de tout ça, et bien plus, dans cette interview.

Pouvez-vous nous présenter votre association, pour nos lecteurs et abonnés ?

Équipe Booster d’Avenir : Nous sommes un réseau de deux structures de l’économie sociale et solidaire, avec une association mère (Booster d’Avenir) et une autre structure (Family Boost).

Booster d’Avenir a trois missions :

Sensibiliser et fédérer les entreprises, les acteurs sociaux, institutionnels et communautaires sur les questions d’exclusion, de précarité et de discrimination

Favoriser la création d’emploi et l’autonomie d’action

– Innover en créant des solutions là où elles n’existent pas ou sont insuffisantes

Family Boost (une startup de services à la personne), qui lance ses activités le 15 mars prochain, a pour objectif d’employer une centaine de personnes par an, en contrat d’insertion. Nous visons en particulier les réfugiés et les personnes avec un bas niveau de qualification.

Les revenus ainsi générés par Family Boost servent à développer la structure et à financer les activités sociales de Booster d’Avenir. Et inversement, Booster d’Avenir peut permettre de détecter et d’accompagner des futurs salariés ou des futurs bénéficiaires de Family Boost.

Les deux structures ont été réellement pensées en synergie.

Les objectifs sont magnifiques et, si on comprend bien, fonctionneraient ensemble, avec un moteur économique et un moteur social. Vous organisez aujourd’hui à Lyon un premier salon de l’emploi sur un modèle original. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Équipe Booster d’Avenir : Le salon de l’emploi, de l’inclusion et de la diversité est une action de sensibilisation des acteurs économiques (principalement les entreprises) et institutionnels, sur la question de l’inclusion des personnes en situation d’exclusion sociale ou en situation de discrimination, quelles qu’en soient les formes.

Comment ça marche ?

  • Pendant deux mois, nous préparons gratuitement et bénévolement 200 candidats.
  • Puis, nous organisons et les retrouvons durant le salon où nous les mettons en relation avec nos entreprises partenaires, qui ont une démarche d’inclusion de la diversité
  • Enfin, nous accompagnons les entreprises et les candidats recrutés dans l’intégration et le maintien dans l’emploi durable

Notre notion de diversité inclut toutes les personnes, quelles que soient leurs origines ou leur religion. Dans ce projet, toutes les personnes en recherche d’emploi, faisant souvent face à un blocage, sont les bienvenues, qu’elles soient des séniors, des réfugiés, des femmes portant un foulard, des personnes sans forte qualification, etc.

L’événement est entièrement financé par l’association. Nous ne touchons rien, ni des candidats, ni des entreprises.

Si le projet va à son terme comme vous l’espérez (et c’est tout le bien que l’on vous souhaite), quel impact anticipez-vous dans la vie des participants ? Par ailleurs, même si le projet s’adresse à tout le monde, est-ce qu’il y a des aspects qui affectent plus particulièrement les citoyens de confession musulmane ?

Équipe Booster d’Avenir : Comme vous l’avez relevé, notre projet s’adresse à tous. Et pour être le plus utile et le plus impactant, il doit être d’autant plus accessible aux personnes les plus marginalisées. Ce public qu’on appelle « les invisibles ». Ceux dont personne ne s’occupe vraiment. On va les chercher dans leur environnement social, on leur tend la main et on mobilise toutes nos compétences et notre réseau pour leur permettre de rencontrer directement des entreprises qui ont une dimension d’inclusion.

S’agissant des musulmans, il n’y a pas d’exception ou de spécificité dans notre prise en charge mais, compte tenu de leur situation ou de leur origine sociale, beaucoup d’entre eux sont particulièrement affectés par les problèmes que l’on essaie de résoudre : malheureusement, l’exclusion sociale touche particulièrement les quartiers populaires, où il y a une surreprésentation de personnes de confession et de culture musulmane, avec des marqueurs d’origine, de religion et d’appartenance sociale qui les surexposent à la discrimination. Il est donc statistiquement et sociologiquement logique de constater que ce public représente près de 70 % des 200 candidats qu’on accompagne dans le cadre de ce salon.

On est d’autant plus convaincus par votre initiative qu’on partage le même état d’esprit, même si on œuvre à des niveaux et dans des domaines sensiblement différents, bien que connexes et complémentaires. Sur le fond, qu’est-ce qui vous a motivés le plus dans le lancement de ce projet, alors même que vous avez tous vos vies personnelles, vos carrières et vos projets à gérer en même temps ?

Équipe Booster d’Avenir : Pour être très clairs, notre motivation principale est simple : trouver des solutions sur le long terme pour les personnes en situation d’exclusion. Proposer autre chose que des solutions immédiates et peu durables. Agir sur les facteurs profonds de ces problèmes menant à la précarité, plutôt que d’uniquement s’émouvoir de leurs conséquences.

Pour nous c’est cette approche qui apporte la dignité et l’autonomie aux bénéficiaires de nos projets, plutôt que de les maintenir dans une situation de fragilité voire parfois de dépendance. Ces valeurs de dignité et d’autonomie sont centrales pour nous. Mais ce sont des valeurs que la Plateforme L.E.S.M partage aussi…

Justement, en parlant de convergences de valeurs et de coopération, il y a un partenariat qui se tisse entre Booster d’Avenir et la Plateforme L.E.S.M. Concrètement, comment voyez-vous les choses dans le futur ?

Équipe Booster d’Avenir : On a un très gros volet sensibilisation, au niveau national. La gestion et la prévention de l’exclusion sociale sont des responsabilités collectives, notamment pour les premiers touchés, dont de nombreuses personnes sont issues des quartiers populaires (mais pas uniquement) et/ou font partie de publics affinitaires, comme les communautés musulmanes locales (mais pas uniquement).

Ce défi colossal, on ne peut le relever qu’en travaillant ensemble.

Si la Plateforme L.E.S.M pouvait se saisir de cette question de sensibilisation et d’éducation, afin de faire en sorte de porter cette voix : agir sur le long terme et sur les facteurs, alors Booster d’Avenir sera heureux d’apporter son expertise dans toutes les réponses à mettre en œuvre. Ce travail de synergie permettra de décupler l’impact de ce qu’on souhaite faire au niveau local, tout en fournissant des solutions concrètes aux gens qui vivent l’exclusion et la précarité.

C’est pourquoi nous sommes heureux de ce partenariat qui se concrétise aujourd’hui.

La plateforme aussi 😉

 

 

 

Nous vous l’annoncions il y a quelques semaines, les imams et cadres religieux vont enfin être dotés d’une structure collaborative à leur service : l’union des imams. Fruit d’un travail et d’un recensement des besoins sur plusieurs années, cette structure, portée par la Plateforme L.E.S Musulmans, vise à aider, à accompagner et à soutenir les ministres du culte musulman dans l’accomplissement de leur mission.

Cette démarche organique ne vient en aucun cas remplacer ou concurrencer des organisations théologiques pré-existantes, comme tient à le rappeler Abdelmonaïm Boussena, co-fondateur de la Plateforme L.E.S Musulmans et l’un des coordinateurs de l’Union des Imams :

« Nous regardons avec beaucoup de respect les instances religieuses créées dans le passé, qui ont essayé de faire au mieux, avec chacune leurs forces et leurs faiblesses. C’est pourquoi notre démarche n’a pas vocation à remplacer leur réflexion théologique ou institutionnelle, mais à compléter ce travail en répondant à un double objectif très concret : d’une part accompagner professionnellement les imams – comme le ferait un syndicat -, d’autre part créer un cadre dans lequel ils peuvent travailler ensemble. »

En effet, si l’essentiel des travaux passés autour des imams ont porté sur des questions théologiques ou de représentation au sein des fédérations, les religieux musulmans ont rarement été réellement pris en compte sur le plan strictement professionnel, comme le relève Naziha, présidente de la Plateforme L.E.S Musulmans :

« On demande à nos imams d’être compétents sur tout. Ils doivent diriger la prière, répondre à des questions religieuses, nous aider dans nos litiges personnels, donner des cours, orienter nos jeunes sur le bon chemin, faire du soutien psychologique… et parfois même entretenir la mosquée. Mais qui se soucie de leur statut professionnel, de leur bien-être, de leur formation ou de leurs droits ? À l’heure où certains voudraient marginaliser les imams, si l’on veut que nos cadres religieux soient à la hauteur des immenses enjeux de la communauté musulmane, nous devons leur en fournir les moyens. »

C’est pour cette raison que l’Union des Imams privilégie des services concrets et souples, en direction des religieux musulmans, partout sur le territoire français. On peut citer quelques-uns de ces services :

  • Du conseil social et juridique, afin que les imams puissent connaître leurs droits et être accompagnés et soutenus, lorsqu’ils en ont besoin.
  • Des formations continues, sur toutes les compétences connexes au métier d’imam : histoire, communication, sociologie, droit, psychologie. Les imams pourront suivre, selon leur choix, des modules conçus spécialement pour eux afin de renforcer leurs connaissances et de faciliter leur mission.
  • Une bourse de l’emploi, permettant aux imams qualifiés et disponibles de rapidement trouver une mission et, symétriquement, facilitant la démarche pour les mosquées et les instituts qui recrutent, en leur donnant accès à des imams bien formés.
  • Des rencontres et des séminaires : grâce au soutien logistique, organisationnel et financier de la Plateforme L.E.S Musulmans, les imams membres de l’Union auront accès à des évènements où ils peuvent se rencontrer ensemble, travailler sur des thématiques précises sous forme de séminaires professionnels afin d’enrichir l’état de la réflexion sur les questions théologiques qui touchent les musulmans.

L’ensemble de ce dispositif est complété par des boucles de discussions et d’échanges informels, permettant aux imams de mieux se connaitre, de tisser des liens de confiance et de se tenir informés.

Sans surprise et dès son lancement, l’Union des Imams a été saluée et largement soutenue par les premiers concernés, puisqu’ils sont déjà plus de 200 à avoir rejoint le dispositif. Rachid El Jay, co-fondateur de la Plateforme L.E.S Musulmans et l’un des animateurs de l’Union des Imams, résume :

« Il y a une incroyable diversité parmi nous et c’est une richesse. On n’est pas d’accord sur tout, mais on se respecte professionnellement, puisqu’on essaie tous d’œuvrer dans le même sens : celui du vivre-ensemble et de l’unité. Je pense que ce qui a plu à beaucoup d’imams, c’est l’aspect cadré et concret de la démarche : l’Union des Imams a vocation à leur être utile, au quotidien. »

Après cette phase de genèse couronnée de succès, l’Union des Imams vivra sa première rencontre nationale dans les semaines qui viennent.

Ils sont plus de 350 à travers la France à avoir proposé leur candidature ou recommandé quelqu’un, pour le projet #100VOIX. Pour rappel, ce projet vise à former 100 personnes à la prise de parole et à la communication, afin de montrer la diversité et la richesse des communautés musulmanes en France, tout en mettant en valeur le parcours de ces personnes inspirantes.

Nada, cheffe de projet pour la Plateforme L.E.S Musulmans, nous en dit plus : « Il s’agit d’abord de répondre à une priorité identifiée par les musulmans, lors de la grande consultation nationale menée en 2018. En effet, l’image des musulmans et le traitement médiatique avaient été identifiés comme un enjeu majeur. »

Parmi les réponses les plus récurrentes sur le sujet, deux idées se dégageaient :

La première : certains médias ne s’intéressent aux musulmans que lorsqu’il y a un problème, avec une volonté constante de stigmatiser, par le biais de reportages anxiogènes ou de plateaux télévisés plus proches du café du commerce que du débat d’idées journalistique.

La seconde : il existe partout en France des initiatives locales et des personnes de confession musulmane qui ont des choses importantes et intéressantes à dire, pour peu qu’on leur donne la parole. Il faudrait rendre visible ces personnes dans les conférences et dans les médias, afin d’améliorer l’image et la représentation des musulmans.

C’est précisément ce que vise le projet #100VOIX, en formant des personnes, mais aussi en les mettant en valeur, afin d’enrichir le récit et l’image des musulmans vivant en France. Cela permettra également de découvrir de nouveaux talents et de nouvelles compétences, pour renforcer l’offre de conférences et d’enseignements, à destination des communautés locales, dans des domaines aussi variés que l’économie, la santé ou l’entrepreneuriat.

Pour ce faire, il a fallu mettre en place une réelle méthodologie, comme nous l’explique Ghassane, coordinateur du projet #100VOIX :

« Dans un premier temps, nous avons lu et soigneusement analysé toutes les candidatures, afin de sélectionner celles qui correspondaient le mieux à cette première phase du projet, en cherchant à respecter au mieux la diversité des parcours : une bonne distribution géographique, des hommes et des femmes, des origines et des parcours différents, un large éventail de catégories associatives et professionnelles, différentes classes d’âge et différentes sensibilités religieuses et citoyennes.

Ensuite, durant les dernières semaines, nous avons rencontré individuellement les candidats retenus pour cette deuxième phase du processus, afin de mieux comprendre leur motivation et leur parcours, puis répondre à toutes leurs questions sur le projet et le contenu des formations. Les candidats ont aussi pu se rencontrer et tisser des liens entre eux. »

Cette diversité de parcours est l’une des grandes forces du projet, puisqu’elle donne la mesure de la réalité des communautés musulmanes locales, où toutes les compétences existent. Mihane, co-fondatrice de la Plateforme L.E.S Musulmans, nous l’explique :

« Nous avons été tellement touchés par l’engouement et la richesse des parcours. Même si nous le savions déjà, c’était vraiment émouvant de rencontrer ces héros anonymes qui accomplissent des miracles au quotidien.

Ils sont enseignants, médecins, entrepreneurs, ouvriers, imams. Ils sont étudiants, sportifs de haut niveau ou élus locaux. De toutes les origines. Parfois avec des parcours accidentés. Parfois des réussites exceptionnelles. Mais ils ont tous en commun une lumière, un espoir, une profonde envie d’aider, de participer, de donner aux autres un peu de ce qu’ils ont reçu. »

L’équipe du projet #100VOIX finalisera les séquences d’entretien dans les jours qui viennent, puis le cursus pourra commencer.

La première formation aura lieu en mars et le groupe sera réuni à Paris pour ce moment important. On a vraiment hâte de vous les présenter !

Comme nombre de nos concitoyens, nous avons pris connaissance – hélas sans grande surprise – des annonces du Président de la République s’agissant de la « lutte contre le séparatisme islamiste ».

Sans surprise, car la démarche adoptée par Emmanuel Macron, celle qui consiste à faire des musulmans des citoyens d’exception qu’il faudrait placer sous contrôle politique, est précisément l’une des raisons pour lesquelles nous avions, dès 2018, initié une grande consultation des musulmans, puis fondé la plateforme L.E.S Musulmans. L’objectif était de doter les fidèles d’une organisation d’ampleur nationale, participative, transparente et au service de tous.

En moins de deux ans, nous avons posé les jalons de ce que le Président de la République prétend aujourd’hui appeler de ses vœux :

Une structuration organique et professionnalisée des communautés musulmanes, pleinement ancrée dans la société française, ouverte à tous, déconnectée des influences étrangères sans pour autant renier l’héritage culturel des générations précédentes, dotée d’un financement pérenne choisi par les musulmans de France eux-mêmes.

À ce jour, la plateforme rassemble plus de 12000 adhérents et donateurs, plus de 250 associations et mosquées, plus de 700 bénévoles et des salariés dédiés, œuvrant ensemble sur 10 projets et groupes de travail, partout à travers la France.

Mais loin de nos réalités de terrain, et dans un contexte de crise sociale et environnementale majeure, la mise à l’index des musulmans fournit avec constance une source fiable de diversion et de captation des sujets, auxquels sont particulièrement réceptives des franges racistes de l’électorat, particulièrement importantes durant les séquences électorales.

Une fois de plus, c’est une séquence de criminalisation qui vaut aux musulmans l’intense attention des médias, des partis politiques et des institutions, jusqu’au plus haut niveau de l’État. Une fois de plus, et c’est malheureux, le Président cède à un agenda politique qui vise à faire des musulmans des citoyens d’exception, puisque l’ensemble des mesures qui ont été annoncées les visent explicitement et spécifiquement. Le plan annoncé ne parle pas des réelles velléités séparatistes de certaines mouvances politiques dans le pays, ni mêmes des stratégies de lobbying de groupes idéologiques et/ou religieux de manière générale, mais vise nommément les musulmans, faisant d’eux la cible de toutes les stigmatisations, tout en s’en défendant du point de vue discursif.

Il est non moins malheureux de relever que la laïcité est une nouvelle fois dévoyée de son sens profond, quand un président de la République pourtant élu pour apaiser ces questions, s’autorise à dicter aux dignitaires du culte musulman les modalités de leur organisation et leur cadrage idéologique, en leur donnant un ultimatum (le CFCM est ainsi sommé de s’exécuter avant le 30 mars, sous peine de l’écarter au profit d’interlocuteurs plus dociles). La laïcité ne consiste-t-elle pas à respecter l’autonomie des communautés religieuses, dans le plus strict respect des lois, dans un dialogue sincère et constructif avec la République ?

À ce titre et compte tenu des autres mesures à venir, parachuter de dociles supplétifs, dont on assurera les subsides en ponctionnant de force l’argent des musulmans qui les rejettent, ne sera d’aucun secours, puisqu’aux yeux des racistes, la simple expression musulmane est déjà de trop.

Le Président, s’agissant des musulmans, s’est dit vouloir être « fraternellement autoritaire ».

Mais l’autoritarisme n’est jamais « fraternel ».

En tentant de mettre sous strict contrôle politique et organisationnel les structures musulmanes, le président prend le risque d’obtenir exactement l’effet contraire de ce qui est escompté : en actant la rupture et la défiance vis-à-vis des citoyens musulmans, visés ainsi par un discours d’exception, il encourage le repli qu’il prétend vouloir combattre.

Et pour quel bénéfice ?

Le Président se coupe un peu plus du quotidien social, culturel, cultuel et pluriel des Français du réel, qui vivent et font ensemble sur le terrain, pour céder aux sirènes d’un électorat qui ne sera jamais satisfait, tant que les musulmans n’auront pas été relégués à la plus complète et à la plus totale exclusion.

Le plan ainsi initié par le gouvernement, dont l’essentiel consiste à entraver les structures musulmanes en détournant des procédures sanitaires, financières et réglementaires usuelles pour en faire des instruments de répression, va conduire à un double échec :

D’une part, un échec politique, puisqu’il vient légitimer et valider une grille de lecture idéologique raciste émanant de l’extrême-droite, qui construit les musulmans comme un problème à réguler et à contrôler, au sein de la République, ouvrant la voie au pire.

D’autre part, un échec sociétal, puisqu’il marquera dans l’histoire en le signant de son nom, le moment où la République aura fait de ses citoyens musulmans des objets assignés au choix qui n’en n’est pas : vivre une religion conditionnelle, soumise au temps politique des extrêmes, ou partir.

Ce choix destructeur, nous le refusons. En tant que citoyens.

Nous lui substituons un espoir. En tant que croyants.

Nous voulons croire qu’il est encore possible pour l’État de faire preuve de lucidité et de dialogue sur ces questions, au risque d’atteindre un point de non-retour.

Poursuivant son travail quotidien auprès des structures de terrain et des musulmans du quotidien, la plateforme L.E.S Musulmans continue d’œuvrer pour le bien de tous, au service d’une vision rassembleuse, participative et professionnelle des organisations musulmanes de France.

COMMUNIQUÉ DES INITIATEURS #MARCHE10NOVEMBRE

Les initiateurs de la marche contre l’islamophobie du 10 novembre se félicitent de l’immense succès de la manifestation. Ce sont plus de 40 000 personnes, qui se sont retrouvées dans les rues de Paris, avec également des déclinaisons locales de la marche en régions. Un succès d’autant plus grand que la marche a été, durant toute la semaine qui l’a précédée, la cible d’une véritable campagne de diffamation, voire de haine, destinée à la saboter, à la délégitimer et à dissuader les gens de s’y rendre. Les initiateurs ont par ailleurs subi de nombreuses attaques, certains d’entre eux recevant des menaces de mort explicites.

Un tournant historique depuis la marche pour l’égalité de 1983

La marche du 10 novembre marque de toute évidence un tournant dans la situation : il ne s’agit rien moins que de la plus grande mobilisation antiraciste prise en charge par les premiers concernés depuis la grande Marche pour l’égalité de 1983, avec le soutien d’un large spectre d’organisations syndicales, associatives et politiques.

Héritiers et riches de cette histoire, les premiers concernés ont appris et ne laisseront pas les objectifs de cette marche historique leur échapper. Ils sont en effet acteurs de leur histoire avec tous ceux qui ont, à leur côté, co-initié cette marche ou signé la tribune. Les rues de Paris se sont ainsi remplies de dizaines de milliers de personnes, de tous âges, de toutes origines et de toutes confessions, citoyens révoltés, militants engagés, élus, personnalités, qui ont tous ensemble porté un message clair : l’islamophobie est un racisme qui doit être fermement combattu et considéré comme une « cause nationale » au même titre que le combat contre les autres discriminations. Dans de nombreuses prises de parole, la nécessité de se mobiliser contre tous les racismes a été rappelée.

La marche du 10 novembre, une démonstration d’unité

Nous n’en resterons pas là car, malheureusement, le succès de cette marche est également dû à un contexte particulièrement préoccupant pour les citoyens de confession musulmane : de l’attentat qui a visé l’imam de Brest le 27 juin dernier aux déclarations de Macron sur la « société de vigilance » et les « signaux faibles », qui jettent la suspicion sur l’ensemble des musulmans pratiquants ou non, à l’humiliation d’une femme voilée par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en passant par le vote d’une proposition de loi discriminatoire au Sénat ou l’attaque au couteau d’une jeune mère devant ses enfants. Sans oublier, la démonstration la plus récente de cette haine du musulman qui pousse au passage à l’acte : l’attentat contre la mosquée de Bayonne, le 28 octobre 2019.

N’en déplaise à ceux qui essaient d’entretenir de vaines polémiques, nous sommes fiers de la réussite de la marche du 10 novembre, véritable démonstration d’unité face à tous les semeurs de haine, une démonstration de force face à celles et ceux qui de l’extrême droite aux partis institutionnels en passant par les plus hauts sommets de l’État misent d’une manière ou d’une autre sur l’islamophobie.

Ce succès en appelle d’autres : les initiateurs, que sont l’élu de la ville de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, le collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), la Plateforme L.E.S. Musulmans, le comité Adama, le nouveau parti anticapitaliste, l’union communiste libertaire et le journaliste Taha Bouhafs, se réuniront cette semaine et reprendront contact avec les organisations ayant appelé à la marche pour envisager les suites à donner à cette formidable journée de mobilisation populaire.

Paris, le 11 novembre 2019

 

We were astonished to learn that an attack took place on Monday, the 28 of October, against Bayonne’s mosque.

The platform L.E.S. Musulmans would like to express its deep solidarity with the two faithful, aged 74 and 78, who were seriously injured by gunshot and wishes them a quick recovery. Our thoughts are also with their families and, beyond the mosque, the entire Muslim community of Bayonne.

Today, no one can ignore the fact that the criminalization of religious practices through speeches carried out by certain political figures, as well as the banalization of overtly Islamophobic remarks broadcast with complacency by many media outlets, can lead to violent acts.

In 2019 alone, more than a dozen acts of Islamophobia targeted places of worship, including the attack on June 27 in front of the mosque in Brest, which nearly took the life of Imam Rachid Eljay. This week too, Thursday 25 and Sunday 27 October, swastikas were discovered on the site of a mosque in Charleville-Mézières. Also, in September, in the Rhone region, a mother wearing a hijab was the victim of a knife attack in middle of the street.

The media’s treatment of these racist acts, the timid condemnations of the government, as well as the absence of strong decisions to fight anti-Muslim hatred, contribute to a denial of the harsh reality lived by Muslims in France.

Once again, the platform L.E.S. Musulmans demands that Emmanuel Macron, President of the Republic, and Christophe Castaner, Minister of the Interior, fully appreciate the urgency of the situation and act concretely for the safety of mosques as well as that of Muslim personalities and imams targeted daily by racist speech and threats. The public authorities, who are well aware of the terrorist risk faced by Muslims in France, must take their responsibilities.

Finally, it is urgent that the state clarify its position when it comes to the editorial choices made by some news outlets that are using anti-Muslim hatred as a commercial argument. The law must be enforced and these media needs to be sanctioned when they exceed freedom of expression and instead fuel hatred. Those that encourage someone to commit a crime should not be allowed to hide behind the right to blasphemy or to the criticism of religions when they endanger millions of women, men and children of our country.

Paris, Monday, October 28, 2019

The platform “L.E.S. Musulmans”

www.lesmusulmans.fr

contact@lesmusulmans.fr

Nous apprenons avec stupeur qu’un attentat a eu lieu lundi 28 octobre contre la mosquée de Bayonne.

La plateforme L.E.S. Musulmans exprime sa profonde solidarité avec les deux fidèles de 74 et 78 ans grièvement blessés par balles et leur souhaite un prompt rétablissement. Nos pensées vont par ailleurs à leurs familles et, au-delà de la mosquée, à l’ensemble de la communauté musulmane de Bayonne.

Nul ne peut aujourd’hui ignorer que la criminalisation de la pratique religieuse à travers les prises de paroles de certaines personnalités politiques et la banalisation des propos ouvertement islamophobes accueillis avec intérêt par nombre de médias nourrissent les passages à l’acte.

Pour la seule année 2019, plus d’une dizaine d’actes islamophobes ont visé des lieux de culte, dont l’attentat le 27 juin dernier, devant la mosquée de Brest, qui a failli coûter la vie à l’imam Rachid Eljay. Cette semaine, jeudi 25 et dimanche 27 octobre, des croix gammées ont été découvertes sur le chantier d’une mosquée à Charleville-Mézières. Citons en outre, en septembre, dans le Rhône, cette mère de famille portant un hijab victime d’une attaque au couteau en pleine rue.

Le traitement médiatique de ces actes racistes, les condamnations timides du gouvernement, tout comme l’absence de décisions fortes pour endiguer la haine anti-musulmane participent à une négation d’une réalité vécue difficilement par les musulmans en France.

La plateforme L.E.S. Musulmans exige une nouvelle fois qu’Emmanuel Macron, président de la République, ainsi que Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, prennent réellement la mesure de l’urgence et agissent concrètement pour la sécurité des mosquées comme celles des personnalités musulmanes et des imams visés par des discours racistes et les menaces quotidiennes. Les pouvoirs publics, qui n’ignorent rien du risque terroriste visant les musulmans de France, doivent prendre leurs responsabilités.

Il est enfin urgent que l’Etat clarifie sa position face aux choix éditoriaux de certaines rédactions qui ont fait de la haine anti-musulmane un argument commercial. La loi doit être appliquée et ces médias sanctionnés lorsqu’ils outrepassent la liberté d’expression pour verser dans l’incitation à la haine. Ces pousse-au-crime ne doivent plus être autorisés à se cacher derrière le droit au blasphème ou à la critique des religions lorsqu’ils mettent en danger plusieurs millions de femmes, d’hommes et d’enfants de notre pays.

Paris, lundi 28 octobre 2019
La plateforme L.E.S. Musulmans
www.lesmusulmans.fr
contact@lesmusulmans.fr

C’est reparti pour un tour. Mardi 29 octobre, les sénateurs seront appelés à voter pour l’adoption d’une loi contre les mamans accompagnatrices scolaires portant un hijab.

Malgré la décision du Conseil d’Etat, le retoquage en juin dernier par les sénateurs d’un amendement liberticide et la mise au point publique du Premier ministre Edouard Philippe, le 15 octobre dernier, un nouveau vote se tiendra au Sénat.

La plateforme L.E.S. Musulmans a mis en place un formulaire en ligne pour permettre à toutes et à tous d’interpeller ses élus locaux en quelques clics. Nous vous invitons à cliquer sur le lien suivant pour demander à votre élu de s’opposer à ce nouveau scrutin sénatorial : Mamans accompagnatrices : interpellez votre élu, demandez-lui de prendre position contre un nouveau vote au Sénat le 29 octobre.

Un peu plus d’un an après le lancement de la plateforme L.E.S. Musulmans, Abdelmonaim Boussenna et Marwan Muhammad ont répondu en direct aux questions des internautes.

Le direct a été enregistré et mis en ligne sur notre page Youtube officielle.

Abonnez-vous à la chaîne Youtube de la plateforme : L.E.S. Musulmans sur Youtube.