Durant cette période de déconfinement progressif en plein mois de Ramadan, les musulmans de France continuent à faire tout ce qu’ils peuvent pour respecter les prescriptions formulées par le gouvernement, tout en pratiquant leur religion dignement.

Ainsi, le jeûne et les prières habituelles sont pratiquées au domicile et le mois béni de Ramadan, habituellement synonyme de rencontres familiales et fraternelles, de prières collectives très suivies et de mosquées remplies… est devenu un mois du confinement, où nous avons tous redoublé d’efforts pour remplacer la joie des moments partagés par le retour intime vers Dieu, pour transformer l’épreuve en opportunité.

Si nous avons accepté de faire tant de sacrifices, si les mosquées et les associations sont restées vides alors que le mois de Ramadan est central dans leur activités, si les familles sont restées séparées, si les gens sont restés chez eux même quand leur situation personnelle en pâtissait, si nous sommes restés loin de nos frères et sœurs, de nos parents et de nos lieux de culte… c’est pour sauver des vies.

Les musulmans ont ainsi, comme toute la population, contribué à l’effort national sur le plan sanitaire, alors même que le mois de Ramadan est pour eux un moment d’une importance particulière. Les organisations musulmanes ont été en première ligne des associations solidaires sur le terrain, pour aider tout le monde sans distinction, tandis que les habituels racistes attendaient avec délectation de pouvoir s’indigner de quelque manquement observé. Ils en sont hélas pour leurs frais. Et avec eux tous les commentateurs et polémistes qui dépendent structurellement de la stigmatisation des musulmans pour exister, réduits à un chômage technique presque salutaire.

Dans ce contexte, nous apprenons que le déconfinement sera appliqué d’une manière à ce que les différents cultes puissent célébrer leurs fêtes religieuses dignement… sauf pour les musulmans.

En effet, le calendrier prévu par le gouvernement autorise la reprise des cérémonies en congrégation qui auront lieu du 28 au 30 mai pour Chavouth et le 31 mai pour la Pentecôte, mais pas pour Aïd El Fitr, alors même que celui-ci doit se dérouler seulement quelques jours auparavant.

Ce traitement différencié des musulmans en France est presque devenu une habitude. Il est inacceptable, incompréhensible, injustifiable.

Que l’on soit clairs : nous sommes ravis pour nos concitoyens juifs et chrétiens qui pourront ainsi pratiquer leur culte dignement, car nous savons la tristesse et la difficulté d’être privés de telles occasions. Mais de deux choses l’une, au niveau du gouvernement :

  • soit il fallait fixer une date claire et ferme, que toutes les communautés religieuses auraient dû respecter strictement, de manière égalitaire.
  • soit il fallait organiser un déconfinement adapté, de manière à ce que chaque culte puisse reprendre ses activités en congrégation progressivement, comme ce sera le cas pour les chrétiens et les juifs de France. Et dans ce cas, pourquoi les musulmans seraient privés et exclus d’un tel dispositif ?

C’est ici le principe et la manière de faire qui sont mis en cause.

Le principe, qui consiste à traiter de manière différente des communautés religieuses.

La manière de faire, qui s’opère sans concertation avec les structures de terrain et aboutit à une confusion totale et à une injustice manifeste.

Dans le même temps, si l’Aïd el Fitr était permis en congrégation, les mosquées et les associations auraient dû trouver des solutions pour reprendre les prières collectives sans mettre en danger les fidèles, notamment les plus âgés. Mais c’est ce qui était déjà prévu, tandis que nous organisions à notre échelle durant les derniers jours un plan de déconfinement progressif et concerté avec les mosquées.

Donc la position de la Plateforme L.E.S Musulmans est la suivante :

1. Nous dénonçons fermement et sans la moindre ambiguïté la différence de traitement dont font l’objet les musulmans de France, qui s’ajoute à une longue série de manquements dans la relation au culte musulman, faite jusqu’ici de contrôle et d’injonction, sans concertation réelle ni relation avec les structures de terrain choisies par les musulmans.

2. Nous invitons les associations et les familles musulmanes à ne pas organiser des prières en congrégation pour l’Aïd et à faire l’effort, par responsabilité et par protection de nos aînés, de fêter cette magnifique occasion autrement. Nous sommes conscients du sacrifice que cela représente, mais nous devons faire preuve de beaucoup de discernement et de discipline, afin de ne pas faire courir le moindre risque de contamination de nos fidèles ou de relance de l’épidémie.

Enfin, à l’entrée des 10 derniers jours du mois de Ramadan, nous adressons aux musulmans tous nos vœux et nos encouragements. Ce sont pour nous des moments d’une ferveur particulière. Que Dieu accepte notre jeûne et nos invocations. Qu’Il préserve nos familles et nos proches et qu’en acceptant de fêter Aïd el Fitr dans nos maisons, Il nous permette de fêter Aïd el Kebir tous ensemble.